L’anatomie et les fonctions des cellules

La synthèse des protéines (II)

Dernière et non des moindres fonctions de la transcription, elle a l’immense tâche de coder pour les ARN-messagers, c’est-à-dire de synthétiser des protéines.

Lorsque la copie est effectuée, l’ARNm transporte son information dans le cytoplasme où elle sera lue par l’ARNr. Malgré trois décades d’investigations, il n’y a que des hypothèses sur le fonctionnement des ribosomes, eux-mêmes assemblés à partir d’ARN spécifiques et de protéines. Leur fonction est de construire des protéines à partir des acides aminés. Mais ces derniers sont incapables de lire le message de l’ARN-messager. Ils doivent faire appel aux ARNt qui capturent les acides aminés par attraction chimique.

La synthèse des protéines

A gauche, schéma des réactions chimiques de synthèse d'un polypeptide. A droite, schéma fonctionnel simplifié de la synthèse d'une peptide insistant sur le rôle du ribosome :

1. Un ARNt capture un acide aminé dans le noyau d'une cellule et s'approche d'un ribosome pour l'assembler.

2. Le ribosome décode le message de l'ARNm tandis que l'ARNr aligne l'ARNt chargé. Finalement l'ARNm assemble la chaîne protéinique.

3. L'ARNt libéré de sa charge retourne dans le noyau chercher d'autres acides aminés.

Documents UAH/Carter et CIP/C.De Duve.

Lorsqu’un message se présente dans (ou peut-être sur) la petite usine chimique du ribosome, les deux sous-unités ribosomiales se rapprochent et le message en question est dirigé vers la chaîne de montage. A l’extrémité de l’ARN de transfert se trouve des anticodons (combinaisons de 3 bases), complémentaires des codons du message. L’acide aminé les reconnaît, se détache de l’ARN de transfert et s’accroche à la chaîne polypeptidique en construction (cf schéma). La protéine, copie fidèle de la séquence de l’ADN se construit codon par codon au rythme d’une vingtaine par seconde. Une fois libéré de son message, l’ARN de transfert retourne capturer un nouvel acide aminé. Lorsque la synthèse est terminée, les deux sous-unités ribosomiales se séparent, la protéine se libère et se replie sur elle-même en prenant la forme correspondant à ses affinités chimiques.

A son tour la protéine peut interagir avec le noyau pour interrompre l'activité nucléique par exemple. Noter que pour une cellule nerveuse on ne parle pas de messager mais de neurotransmetteur, telle la dopamine qui est une molécule spécifique aux neurones.

Chacun de nous connait par exemple les bienfaits de l’aspirine. Pourquoi agit-elle ? Lorsqu’il y a un dérèglement métabolique, nous venons de voir que les cellules envoient des messages. Parmi ceux-ci elles peuvent demander la synthèse de prostaglandine afin de provoquer la fièvre, une inflammation ou manifester des douleurs. Elles peuvent également synthétiser de la thromboxane pour former des caillots ou de la prostacycline lors d’une irritation de l’estomac par exemple. 

C’est pour supprimer ces malaises ou plus précisément pour bloquer les trois types de messages à l’origine de ces symptômes que l’aspirine fut inventée.

La prostaglandine. Doc PDB.

Si les molécules de protéines diffèrent naturellement les unes des autres par leur séquence d’acides aminés, leurs fonctions diffèrent crucialement de leur forme. Il subsiste une grande incertitude à propos du mécanisme qui donne leur forme aux molécules; pour toutes les molécules sauf les plus petites, il semble y avoir un grand nombre d’étapes de pliures intermédiaires qui demeurent inactives. Une explication serait de considérer que le pliage est partiellement déterminé par l’ordre dans lequel les acides aminés sont traduits dans les ribosomes, mais il existe des preuves que d’autres protéines (les chaperons) assistent à ce processus. La réponse est incertaine et il pourrait ne pas y avoir de règle générale.

A consulter : Protein Data Bank

Quatre manières de décrire la structure d'une protéine

La complexité du sujet m'oblige à définir quelques notions de base utilisées en biologie moléculaire pour représenter les moléculaires et leur activité biologique.

La structure primaire est la simple séquence illustrant l'enchaînement des acides aminés. Elle est intéressante pour décrire une molécule mais insuffisante pour définir une activité enzymatique. Par exemple, un peptide présentant une séquence d'acides aminés particulière présente une activité biologique. Si on lui ajoute peu de détergent on perturbe sa structure spatiale et on détruit son activité biologique, phénomène qui ne peut apparaître dans ce schéma.

La structure secondaire est un premier niveau d'agencement dans l'espace tenant compte des liaisons hydrogène. Elle met généralement en évidence certaines suites d'acides aminés qui se replient sous forme d'hélice alpha ou de feuillet bêta comme indiqué dans le schéma.

La structure tertiaire est un second niveau de structure tridimensionnel plus global insistant sur l'agencement des structures secondaires entre elles. Celles-ci forment un ensemble compact qui permet de définir les sites actifs pour les enzymes.
La structure quaternaire est l'assemblage de plusieurs sous-unités distinctes, formant un ensemble tel qu'ils existe réellement in vivo.

Les "tire-bouchons" que l'on observe sur l'image de droite représentant la ribonucléase P sont des hélices. Il en existe de plusieurs natures mais globalement elles conservent cette forme. Elle n'est pas aléatoire, elle est déterminée par des interactions internes de types hydrophobes. Les tracés plus fins en "fils de fer" sont des structures plus simples de types feuillets (bêta le plus souvent) et ou coudes (pour passer d'un feuillet à un autre ou vers une hélice,...).

Ces représentations sont obtenues par calculs mathématiques et modélisation RMN. Ces calculs sont réalisés dans l'air ou dans l'eau et négligent de nombreux paramètres (force hydrophobe, sels, interactions avec le milieu, ....). D'autre part il s'agit d'une image statique alors qu'en réalité la molécule est une structure dynamique. C'est un peu comme si on isolait une image d'un film; cela ne reflète pas la réalité de la séquence.

Paradoxalement, la synthèse des acides nucléiques (les bases de l'ADN) n'est possible qu'en présences d'enzymes, de protéines qui assurent une fonction de catalyseur. Ces protéines sont essentielles car elles constituent la cheville ouvrière de la cellule, non seulement elles créent les enzymes mais elles forment les parois, les anticorps, etc. Il est donc difficile de savoir qui de l'ADN ou de l'ARN est le premier. On y reviendra dans un instant.

Le nombre d'acides aminés possible est lié à la combinaison des bases simples C, G, A, T ou U. Sur 64 combinaisons possibles, 20 acides aminés sont fondamentaux. Le plus simple est la méthionine (Met) seule combinaison de bases ou codon (AUG), jusqu'à l’arginine (Agr) et la leucine (Leu) formées de 6 codons.

Les acides aminés

A gauche les 20 acides aminés participants aux réactions biochimiques. Cliquer sur l'image pour visualiser l'ensemble du tableau.

Les 64 codons du code génétique. Le codage de l'ADN est universel mais on rencontre chez les mitochondries des déviations par rapport à ce code. Ainsi les gènes mitochondriaux humains et ceux de la drosophile codent UGA pour la tryptophane, AUA pour la méthionine. Les mitochondries des saccharomyces codent CUA pour la thréonine. Cliquer sur le tableau pour visualiser les 64 codons. 

Ainsi que nous l'avons évoqué à propos de l'origine de la vie, tous les acides aminés ont une fonction acide (COOH) et amine (NH2) plus un radical, une molécule variable qui les différenciera. Nos 4 lettres qui forment l'alphabet de la vie nous donnent ainsi accès aux processus de reproduction et de contrôle des organismes vivants. C'est la mutation de cette structure simple qui aboutit au bout de 4.5 milliards d'années au premier ancêtre de l'homme.

La complexité de la vie : le génome du virus Epstein-Barr contient 172282 nucléotides dont l'unité élémentaire est le codon constitué de 3 bases.

Prochain chapitre

Le sens de l’information génique

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 -


[2] T.Cech et B.Bass, Nature, 308, 1984, p820 - T.Cech et A.Zaug, Science, 231, 1986, p470.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ