L’anatomie et les fonctions des cellules

Le sens de l’information génique (III)

Pour transférer une information, réparer une blessure ou copier une chaîne spécifique de molécules, tous les organismes vivants ont besoin des deux acides nucléiques, l'ARN et l'ADN, qui seront tantôt viraux ou cellulaires en fonction du sujet.

Grâce au code génétique, la cellule eucaryote est capable de synthétiser les protéines qui véhiculeront les besoins vitaux à travers tout l'organisme. Ces protéines sont elles-mêmes assistées par d'autres protéines qui favorisent les réactions chimiques, ce sont les enzymes.

Mais les processus biologiques ne se limitent pas à ces échanges car la biologie moléculaire est plus ambitieuse. Thomas Cech de l'Université de Californie et indépendamment Sidney Altman de l’Université de Yale[2] ont découvert en 1983 qu'un protozoaire thermophile disposait d'un ARN ribosomial qui fonctionnait comme une enzyme : ils baptisèrent cette entité un "ribosyme". 

Or jusqu'alors les acides aminés n'étaient pas considérés comme des protéines. La découverte de Cech et de ses collaborateurs confirmerait l'idée selon laquelle les premiers êtres vivants seraient des ARN ribosomiques ou du moins à fonction catalytique capables de se reproduire seuls, bien que leur séquence de nucléotides doive être préservée d’une manière qui demeure encore mystérieuse. Trois arguments viennent renforcer cette idée :

1°. Un polymère d’une variété de nucléotides peut contenir une information génétique (comme le fait l’ADN)

Thomas Cech.

2°. Il existe des preuves expérimentales que la polymérisation de l’HCN (ou l’hydrolyse des polycyanogènes) peut conduire à la formation des purines, y compris de deux constituants des molécules d’ARN modernes, l’adénine et la guanine.

3°. Des réactions chimiques simples liant les nucléotides sont omniprésentes dans tous les organismes, sous forme de coenzymes ou d’ATP.

Malheureusement il est difficile d’expliquer l’origine des bases pyrimidiques qui composent l’ARN telles que la cytosine et l’uracile, et celle du ribose lié d’une façon particulière à l’ARN. Ainsi qu'on le vera en biochimie, on suppose que la chimie de contact, sur des surfaces argileuses a pu jouer un rôle dans cette évolution.

Jusqu’aux années 1960 les chercheurs pensaient que les virus de nature ARN jouaient un rôle mineur dans la transmission des maladies infectieuses. En 1970 les travaux de David Baltimore et des ses collaborateurs ont permis de découvrir qu’une enzyme comme la transcriptase inverse était capable de transcrire directement l’assemblage des protéines par des ARN viraux. L’ADN pouvait ainsi se retrouver avec un gène mutant voire un oncogène (gène du cancer) qui, à terme, pouvait détruire la cellule. Précisons enfin que les acides nucléiques codent également leur propre réplication. le cycle est ainsi bouclé et cette théorie fut élevée au rang de dogme.

En découvrant la double hélice de l’ADN, Watson et Crick précisaient le sens de la transmission de l'information génique : stockée dans les gènes de l’ADN, cette information est transcrite par l'ARN messager qui la traduit sous forme de protéine.

En 1970, David Baltimore de MIT, Satoshi Mazutani et Howard Temin de l’Université du Wisconsin découvrirent que dans certains virus, tel le sarcome de Rous (tumeur) ou le FeL V (leucémie féline), une enzyme comme la transcriptase inverse renversait le sens de l’information génique : l’ARN viral fait office de code génétique et c’est la transcriptase inverse qui retranscrit l’ADN. Le noyau cellulaire est alors infecté. La cellule subit une mutation de son génome qui active le développement d’un cancer. Si l’ADN abrite un oncogène, la cellule dégénérera et deviendra cancéreuse. Cette découverte allait expliquer bon nombre de maladies résistantes, en particulier le fait qu’elles pouvaient se transmettre à des animaux non consanguins et que certaines tumeurs provoquaient une déficience des protections immunitaires de l’organisme. Ces rétrovirus seront malheureusement découverts chez l’être humain en 1978. Le SIDA (HIV) compte parmi ceux-ci.

Antigènes et protections immunitaires

Il existe plusieurs dizaines d'antigènes (A+, B+, O, etc). Lors d'une greffe, si le système immunitaire du patient ne reconnait pas l'antigène du greffon il rejettera l'organe au bout de quelques jours comme s'il s'agissait d'un parasite qu'il doit absolument détruire.

Document http://www.clevelandclinic.org/

Document http://www.drugdiscovery.co.uk/

C'est pourquoi le premier transplanté cardiaque en 1967 ne survécut que 12 jours à son opération. Quand il s'agit du coeur ou du foie c'est plutôt ennuyeux... Aujourd'hui des médicaments peuvent heureusement y remédier comme la scoptorine qui permet d'affaiblir les défenses immunitaires de l'organisme. Ce n'est pas la solution idéale mais c'est le prix de la vie.

Enfin, les protéines que l'on retrouve dans les acides nucléiques (hétéroprotéines) ou les tissus (holoprotéines) sont incapables de se reproduire. Les anticorps par exemple qui assurent notre défense immunitaire sont une variété de protéines synthétisées par les globules blancs. Une fois libérés dans le sang, leur tâche consiste à neutraliser les antigènes, un point c'est tout. Les protéines doivent donc être copiées. Cette technique est vieille de plus de 3.8 milliards d'années.

Et si nous étendions le code génétique...

Avant de décrire la structure d'une cellule, on peut se demander pourquoi tous les organismes vivants n'utilisent que 20 acides aminés pour fabriquer leurs protéines et pourquoi toujours les 4 mêmes nucléotides pour fabriquer l'ADN ? Ils disposent pourtant d'un assortiment de 64 codons... Cette question pertinente soulève un profond mystère que les biologistes ne parviennent pas à élucider. Hasard ou nécessité ? 

Nous savons que certains acides aminés inhabituels comme la sélénocystéine et la pyrrolysine, des versions légèrement différentes de la cystéine et de la lysine, sont utilisés par certains organismes. Nous savons également que dame Nature utilise tous les codons d'une manière ou d'une autre.

Certains des 64 codons sont redondants, codant pour le même acide aminé, tandis que trois d'entre eux sont des codons inutiles, dépourvus de sens; ils ne codent pour aucun acide aminé. En revanche, pour le ribosome ils sont les bienvenus car il les utilise comme marqueurs signifiant "stop, fin de la séquence". C'est par exemple le cas du codon stop ambre UAG.

Des expériences ont été réalisées en 2004 par l'équipe du professeur Peter G. Schultz du Scripps Research Institute sur des bactéries Escherichia coli en leur ajoutant deux acides aminés non naturels, O-méthyle-L-tyrosine et L-homoglutamine. Comme on s'y attendait, E.coli a utilisé ces acides aminés comme s'ils appartenaient à son patrimoine. Pourquoi dans ce cas dame Nature n'en fait pas autant, comptant sur les mutations et la diversité par exemple pour améliorer ses créations ? 

Si nous trouvions l'animal à l'origine du dilemme de l'oeuf ou de la poule, nous pourrions répondre à cette question.

Traces de chromatine, la substance à la base des chromosomes des cellules eucaryotes (association d'ADN et de protéines histones).

Pour y parvenir nous devons essayer de comprendre comment la vie est apparue sur Terre et, si nous découvrons ses traces ailleurs dans l'univers, par quel miracle elle s'y est développée à partir d'unités simples et a priori inertes. C'est le défi que nous propose de résoudre la bioastronomie et sa branche spécialisée qu'est l'exobiologie. Tellement passionnantes par leurs conséquences potentielles, je vous propose de consulter les nombreux articles que j'ai consacré à ces disciplines.

En attendant, voyons comment fonctionne une cellule et quelle est sa structure interne. Ce sera l'objet du prochain chapitre.

Prochain chapitre

Fonctionnement d'une cellule

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[2] T.Cech et B.Bass, Nature, 308, 1984, p820 - T.Cech et A.Zaug, Science, 231, 1986, p470.


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