La Terre, berceau de l'Humanité

Avant-propos (I)

Vue de l’espace, la beauté de la Terre est exceptionnelle et provoque une grande émotion en chacun de nous. Ce beau globe bleu azur comme suspendu dans l'éternité affiche visiblement des océans sur les trois-quarts de sa surface, une circulation atmosphérique turbulente et des zones continentales plus ou moins colorées.

Avec ses étendues bleues parsemées de bandes nuageuses éparses et ses taches continentales délicatement ciselées dont la couleur se modifie au gré des saisons, la Terre ressemble à un organisme vivant; c’est une entité autonome. La troisième planète du système solaire est un cas unique. En orbite autour d’une banale étoile située quelque part en périphérie de la Voie Lactée, la Terre a le privilège d’abriter la vie. C’est la seule planète connue où la vie ait pu se développer. Le milieu très dense et relativement chaud était propice au développement de la chimie organique. Le hasard et la nécessité firent le reste. Mais cela ne veut pas dire que la vie n’existe pas ailleurs dans le système solaire, dans les profondeurs du sous-sol de Mars ou des autres mondes glacés, dans les atmosphères gazeuses et tumultueuses des planètes géantes ou encore dans la glace de quelque comète, autant de sujets d'interrogations qui sont abordés dans le dossier consacré à la bioastronomie.

La Terre vue par Meteosat. Document colorisé de l'ESA.

L'étude de la Terre embrasse de nombreuses disciplines qui mêlent la météorologie, la géologie, l'océanographie, la géographie, la volcanologie, la sismologie mais aussi la biologie, la biochimie, la géodésie, le géomagnétisme, la mécanique céleste et une quantité de sciences nouvelles basées sur l'exploration spatiale pour ne citer que la télédétection. A travers son extraordinaire diversité notre planète justifie bien plus qu'une encyclopédie pour cerner tous les mécanismes qui la gouvernent, les propriétés de la matière inerte et vivante. Nous ferons ici un résumé succinct des principales propriétés de cet écosystème dont les éléments sont en harmonie, en parfaite symbiose les uns avec les autres depuis des milliards d'années.

Nous passerons dans cet article les thèmes suivants en revue : tout d'abord les lois de la mécanique céleste (cette page ci), l'évolution de la terre et la géodésie, sa structure tectonique, géomagnétique, son atmosphère pour terminer par les océans. D'autres sujets tels que les régions polaires, la météorologie ou la question de l'écologie seront développés dans d'autres articles.

Les lois d'une mécanique complexe

La Terre se situe à environ 149597870 kilomètres du centre du Soleil, distance qui définit également l’étalon de l’Unité Astronomique (U.A.). En réalité, orbitant sur une trajectoire quasiment elliptique, au périhélie la Terre se trouve à 147 millions de km du Soleil et à 152 millions de km à l'aphélie.

Notre planète se caractérise par ses 4 saisons (ou 2 sous les tropiques), phénomène météorologique induit par l'inclinaison de l'axe de rotation, incliné de 23°27' par rapport à la normale. Cette inclinaison a pour autre conséquence de répartir inégalement la chaleur. Ainsi dans l'hémisphère Nord, l'hiver dure trois jours de moins que l'été et est moins rigoureux que celui de l’hémisphère Sud qui se produit six moins plus tard. L’été est également moins torride dans l’hémisphère Nord que dans l’hémisphère Sud. Enfin, c’est parce que l'orbite terrestre est légèrement elliptique (excentricité de 0.017), qu’elle ne parcourt pas les quatre époques de l'année à la même vitesse, en application de la loi des aires de Kepler.

Comment déterminer la taille de la Terre ?

Non, la Terre n'est pas plate ! Deux siècles avant notre ère, Eratosthène remarqua que le 21 juin l’ombre du Soleil à Alexandrie et à Sienne faisait un écart de 7.20°. Cet écart ne pouvait s’expliquer que par la courbure de la Terre. Cet écart représentait 5000 stades qui, reportés sur toute la circonférence représentait 252000 stades, soit environ 39751 km (comparée à la valeur moderne de 40075 km) ! Mais il faudra attendre 1700 ans pour que sa théorie soit prise au sérieux par Copernic. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Mise à part l’impression que vous ressentez lorsque vous avez trop copieusement arrosé un repas , la Terre tourne également sur elle-même, effectuant une rotation complète en 23h59m4s qui définit la longueur du jour. Chacun le sait évidemment, mais beaucoup de lecteurs ignorent je pense que cette vitesse n’est pas constante. Faisons une petite digression bien surprenante.

Suite aux perturbations engendrées par les marées et autres frottements sur l’écorce terrestre, la Terre subit un freinage séculaire qui rallonge la durée du jour d’environ 2 millièmes de seconde par siècle. Chiquenaude, pichenette me direz-vous mais qui est loin d’être négligeable au fil du temps. Constatez par vous-même.

Il y a plus de 3 milliards d’années, lorsque la vie est apparue sur la Terre, celle-ci tournait comme une toupie, ou presque; la longueur du jour dépassait à peine 6 heures ! Il y a 550 millions d’années, au cambrien, les premiers animaux marins devaient se contenter de 20 heures. Les trilobites et la majorité des coraux ne s’y sont visiblement pas habitués et se sont éteints. Dans 10 milliards d’années nous aborderons les “anni horribilis”, et même bien plus tôt sans doute si le Soleil devient une géante rouge en grillant la Terre sur son passage. Mais ceci est une autre histoire que je vous expliquerai dans le dossier consacré au Soleil.

Tout d’abord, l’orbite de la Terre se sera légèrement agrandit et la durée du mois sera égale à la durée du jour. Très ennuyeux quand on doit achever en un jour le travail d’un mois ! Ensuite, comme un problème ne vient jamais seul, vous n’aurez pas assez de 24 heures, ni même de 48 mais bien de 47 jours pour voir le Soleil se lever à l’Est ! Enfin, s’il se lève car à cette époque il sera devenu une petite étoile naine noire qu’il sera vain de vouloir localiser dans le ciel. Dernier point, si quelqu’un vit encore sur la Lune à cette époque là, il constatera qu’il fallut pas moins de 15 milliards d’années pour que la Terre synchronise sa vitesse de rotation sur celle de la Lune. Les communications avec les bases lunaires seront plus aisées puisque à l’instar de la Belle de nuit, cette fois ce sera la Terre qui présentera toujours la même face aux rares sélénologues. Encore faut-il qu'il y ait quelqu'un sur ces mondes devenus stériles depuis que le Soleil a tout grillé sur son passage... Mais revenons à notre sujet.  

Le couple Terre - Lune

Le couple Terre-Lune photographié par la sonde spatiale Mariner 10 le 3 novembre 1973 à 2.6 millions de km de distance. Cliquer sur l'image pour lancer une animation (GIF de 471 KB). Document NASA/Mariner10.

Hormis l’inclinaison de son axe, l’ellipticité et l’allongement de son orbite, quantité d'autres variations cycliques, créées par les masses en mouvements, l'attraction de la Lune et des planètes rendent le mouvement de la Terre très complexe. Parmi ces irrégularités nous pouvons citer :

- Une orbite excentrique variant entre 0 et 7% sur 100000 ans. C'est l'excentricité orbitale.

- Une oscillation du plan de l'orbite terrestre qui pivote sur lui-même en effectuant un tour complet en 21000 ans.

- Une précession de l'inclinaison de l'axe terrestre qui, tel une toupie, oscille autour d'une position fixe en 25800 ans, donnant à tour de rôle la place "d'étoile polaire" à différentes étoiles: a Draconis 2000 ans avant notre ère, la Polaire aujourd'hui, Aldéramin dans 5000 ans, Véga dans 11000 ans,  etc.

- Une obliquité de l'écliptique qui s'incline entre 21°59' et 24°36' sur l'équateur céleste en 41000 ans. Il est aujourd'hui de  23°27'08" et décroît de 0.48"/an.

- Le mouvement d'inclinaison de l'écliptique suit lui-même le mouvement d'une toupie dont la principale perturbation est la nutation. L'axe du pôle suit ainsi une sinusoïde irrégulière en forme d'ellipse d'une période de 18.7 ans.

- Une oscillation du globe terrestre associée à la variation saisonnière des masses d'air et d'eau qui déplace la position des pôles. Cette dérive atteint 0.25"/an (où l'équivalent de 8 m à la surface des pôles) suivant une spirale irrégulière. C'est la polhodie.

D'autres anomalies viennent compléter ces irrégularités, telle que la fréquence des marées, le régime des vents, les séismes et l'activité du magma. Tous ces mécanismes rendent la mécanique céleste très pointilleuse mais permettent d'élaborer des modèles très précis des mouvements de la Terre.  

L'escorte de la Terre

Depuis la nuit des temps, la Terre et la Lune ont formé un couple au sens physique du terme ainsi que je l'explique dans les pages consacrées à la Lune. Mais en vertu des lois chaotiques de la mécanique céleste à long terme, il arrive de temps à autre que de petits astéroïdes nous accompagnent pendant un certain temps avant de disparaître suite à une perturbation orbitale.

En jaune l'orbite de l'astéroïde 3753 Cruithne (1986 TO) qui suit la Terre (orbite turquoise). Document York University.

En 1986 les astronomes[1] ont découvert un petit objet de 5 km de diamètre qu'il ont baptisé 3753 Cruithne. Cet astéroïde est un géocroiseur de la famille Aten qui a la particularité de traverser l'orbite terrestre (à gauche en turquoise) ainsi que celui de Vénus (en vert) formant une orbite en forme de rein qui atteint presque l'orbite de Mars (rouge), orbite qu'il boucle en 385 ans. Il n'y a aucun risque de collision avec la Terre car cet astéroïde présente une inclinaison orbitale de 20°. 

Ce géocroiseur nous escorte, semble-t-il, depuis environ 100000 ans et nous suivra encore durant environ 5000 ans à une distance respectable minimale d'environ 15 millions de kilomètres. Deux autres géocroiseurs ont le même comportement et on soupçonne Vénus d'être également escortée d'un tel astéroïde qui, par extension, peuvent presque être considérés temporairement comme des satellites naturels.

L'orbite de 3753 Cruithne. Document York University.

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[1]Paul Wiegert, Kim Innanen et Seppo Mikkola, Nature, 12 June 1997.


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