En quête d'un petit télescope portable et polyvalent

La lunette Tele Vue TV-76, un doublet de 76 mm f/6.3 considéré comme une lunette apochromatique.

Conseils et recommendations (I)

Chacun de nous s'est un jour posé la question de savoir quel télescope il ou elle pourrait acheter pour observer la nature ou faire de l'astronomie. Déjà à ce niveau la question est double et rapidement les questions suivantes vous probalement vous venir à l'esprit : Que peut-on observer avec un télescope ? Comment choisir un télescope ? Un petit instrument est-il suffisant ? Quel prix faut-il mettre ? Quelle qualité choisir ? Quelle monture utiliser ? Quelles accessoires faut-il acheter ? etc. 

Nous avons tenté de répondre à toutes ces questions et bien d'autres dans les autres pages de ce dossier. Nous allons à présent rassembler toutes ces idées, proposer quelques recommendations et appliquer ce que nous avons appris à la sélection d'un petit télescope portable et polyvalent. Vous constaterez que déjà qu'à ce stade la selection n'est pas aussi facile qu'on l'image.

Acheter chez un spécialiste : S'il n'y avait qu'un seul conseil à retenir de ce dossier c'est celui de ne jamais acheter un instrument d'optique dans une grande surface. Si leur publicité n'est pas seulement mensongère, ventant des grossissements de 300x pour des lunettes de 60 mm f/9 à peine capable de grossir 150x, leurs techniciens sont rarement des spécialistes et ignorent pour la plupart les notions de base de l'astronomie et de l'optique. Vous allez perdre votre temps et votre argent car ce personnel n'est pas formé pour répondre à vos exigences et le matériel proposé est souvent d'une qualité très discutable. Demandez plutôt conseil aux spécialistes des maisons d'astronomie qui ont fait leur réputation. Consulter mes 1001 liens rubrique "Manufacturers and dealers" pour obtenir la liste complète des revendeurs.

Lorsque vous franchirez la porte du magasin d'optique, soyez prêt à discuter technique avec votre interlocuteur. Vous devrez le quitter en ayant une idée précise de votre futur achat. Voici les facteurs dont vous devez tenir compte pour choisir un instrument d'optique à vocation terrestre et astronomique.

Grand dieu ! Le miroir de 1m de diamètre du dobsonien de Steve Swayze.

L'importance du diamètre : Le paramètre le plus important qui détermine les performances d'une optique astronomique est le diamètre de l'objectif capturant la lumière incidente. Plus l'objectif reçoit de lumière plus il sera capable de distinguer les objets faiblement éclairés. Plus le diamètre d'un télescope est grand plus il offrira des images contrastées et détaillées. Aussi, quelle que soit la qualité d'une petite lunette apochromatique de 80 mm d'ouverture par exemple, vous serez déçu de l'image qu'elle vous donne comparée à celle que vous offre ne fut-ce qu'un télescope dobsonien de 150 mm de diamètre. Ce n'est pas une question de qualité des lentilles fluorite ou du savoir-faire du constructeur mais la simple application des lois de la physique. Comme souvent dans la vie, le plus grand l'emporte toujours sur le plus petit.

La conception optique : les performances d'une lunette ou d'un télescope dépendent de leur conception. Tant les longues-vues terrestres, les lunettes astronomiques, que les télescopes de Newton ou les catadioptriques (Schmidt-Cassegrain, Maksutov-Cassegrain) présentent des avantages et des inconvénients. Ces différentes sont toutefois mineures.

Globalement on peut dire qu'à diamètre égal tous les instruments d'astronomie présentent les mêmes performances optiques. Les détails techniques réels qui les différencient, comme l'obstruction centrale par exemple, le nombre de surfaces optiques ou la qualité des revêtements, ne modifient pas leur ouverture de plus de 15%. Bien sûr cela se ressentira sur la qualité des images et la magnitude limite. Par contre il est bien certain qu'une optique de précision élaborée par un maître-opticien peut facilement accentuer cette différence par une réduction des aberrations résiduelles par exemple ou une meilleure résistance aux actions mécaniques ou chimiques.

Le facteur météo : ainsi que je l'explique dans le dossier consacré au choix d'un site astronomique, la turbulence atmosphérique constitue le principal obstacle à l'obtention d'une image de qualité révélant les détails du sujet. La brume ou un lieu d'observation humide (près d'un lac ou en bordure de mer) est également un critère à considérer pour l'acquisition d'une longue-vue ou de jumelles. D'un autre côté la brillance du fond du ciel et la pollution lumineuses limitent la capacité des télescopes à distinguer les faibles objets. Une turbulence trop forte pénalisera plus les grands télescopes (300 mm et plus) que les petits. Si vous observez toujours dans de telles conditions, choisissez un instrument de 80 à 200 mm d'ouverture. Bien sûr lorsque les conditions s'amélioreront et que la turbulence se stabilisera un instrument de grand diamètre vous laissera sans voix devant le spectacle qu'il vous offrira.

En quête d'un petit télescope

Notre principale quête soulève déjà une question plus subtile : pourquoi petit ? On peut dire sans se tromper qu'il y a quatre raisons qui peuvent pousser un amateur à acheter un petit instrument, qu'il s'agisse d'une lunette ou d'un télescope (nous aborderons la question spécifique des jumelles et des longues-vues en fin de quatrième page) :

- Pour une question de prix

- Pour une question d'encombrement

- Pour une question de poids

- Pour une question de grandeur de champ.

Si c'est uniquement pour une question pécuniaire aucun modèle en soit n'est meilleur qu'un autre. Les optiques russes et chinoises par exemple, réputées économiques, sont capables de pénétrer tous les marchés. Au-dessus de 100 mm, les Maksutov présentent probablement certains avantages. Mais dans cette catégorie un dobsonien de 150 mm est encore meilleur marché et à diamètre égal une lunette semi-apochromatique bon marché comme l'Orion ST-80 ED souffle n'importe quelle optique concurrente par ses performances.

Souvent c'est également pour une question d'encombrement. On ne veut pas acheter une lunette qui ressemble à un jouet mais on ne veut pas non plus une optique si lourde ou encombrante qu'il faut être deux pour la déplacer. A ce jeu, les télescopes catadioptriques, Schmidt-Cassegrain,  Maksutov et autre Ritchey-Chrétien sont gagnants, tout au moins pour les optiques de 90 mm d'ouverture et plus. Mais le candidat idéal est le télescope Dobsonien. Conçu par John Dobson pour leur portabilité, la plupart se démontent facilement et tiennent dans un espace réduit dans le coffre d'une voiture ou dans une valise, le tube se réduisant à une structure tubulaire démontable en aluminium parfois simplement recouverte d'une toile opaque.

Si c'est pour une question de poids, la question est souvent liée à l'encombrement. Les catadioptriques sont nettement plus lourds que les lunettes ou les télescopes de Newton du fait qu'ils sont constitués de deux importantes masses de verre (le miroir primaire et la lame de fermeture ou le ménisque). Mais si un enfant de 10 ans aura du mal à soulever un télescope de 125 mm pesant 8 kg, un adolescent costaud soulevera sans trop de difficulté un 200 mm de 25 kg. Toutefois un adulte pourra avoir quelque peine à soulever un tube optique de 350 mm pesant 40 kg et qui devient sérieusement encombrant.

Si vous misez tout sur la largeur du champ de vision, les réfracteurs doivent être oubliés car la plupart présentent un rapport focal en général trop élevé vis-à-vis d'autres configurations optiques comme les Newton courts ou les astrographes qui fleurtent avec des rapports focaux de f/2.

On peut ainsi résumer les caractéristiques des optiques astronomiques :

- A ouverture donnée quelle est l'optique la plus performante ? Sans conteste la lunette apochromatique

- Quelle est l'optique la plus compacte que je puisse transporter dans le coffre de ma voiture ? Le télescope dobsonien ou le catadioptrique

- Pour un budget minimum, quelle est l'optique la plus performante ? Le télescope dobsonien.

Que demandez-vous à votre instrument d'observation : une optique performante, qu'il soit compact et d'un prix abordable ? Cet instrument n'existe pas ! Dans ce cas vous devrez faire un compromis entre ces trois facteurs. De gauche à droite une lunette achromatique Kepler de 80 mm f/5 (350 €), un télescope Dobson SkyQuest de 250 mm f/4.9 (700 €), un Celestron G5 équatorial (1500 €) et une lunette apochromatique Takahashi FS 78 mm f/5 (4000 €). Documents constructeurs.

Que choisir ? Le télescope Dobsonien est sans conteste celui offrant le meilleur rapport qualité/prix. Il faut savoir qu'on ne construit jamais de Dobsonien inférieur à 150 mm f/8 et que vous avez tout intérêt à acquérir directement un modèle d'au moins 300 mm de diamètre. Une fois monté ce type de télescope mesure au minimum 40 cm de diamètre et 1.8 m de hauteur. Aussi avant l'achat vous devrez soupeser l'importance que vous accordez aux performances de votre télescope vis-à-vis de sa portabilité et de son encombrement. Nous y reviendrons.

Le télescope catadioptrique reste sans contexte le plus compact des télescopes mais il peut parfois s'avérer assez lourd ainsi que nous l'avons expliqué. En astronomie, les catadioptriques de 200 à 350 mm d'ouverture sont les plus populaires. Ils n'ont pas la qualité des lunettes apochromatiques mais ils ont l'avantage d'offrir un large diamètre et donc une excellente résolution (0.4" pour un télescope de 300 mm de diamètre).

Quant à la lunette apochromatique, son excellente qualité optique se paye souvent par un coût prohibitif, et en raison de son prix lié à la qualité de la matière première et à la difficulté de la taille, son diamètre ne dépasse guère 180 mm. L'image est exempte d'aberrations et si elle paraît plus nette, c'est principalement parce qu'elle est plus petite et plus lumineuse. Mais sa résolution est également limitée (0.8" pour une lunette de 150 mm de diamètre). Ceci dit tous les amateurs sont d'avis pour reconnaître qu'à diamètre égal, l'image offerte par une lunette apochromatique surpasse de loin celle de n'importe quel télescope à miroir.

Si ces critères sont utiles pour négocier un choix final, d'autres critères doivent être considérés pour départager les lunettes des télescopes ainsi que les différentes configurations optiques.

 Pratiquement on peut diviser les instruments d'astronomie en trois grandes catégories :

1. Jusque 90 mm : Usage astronomique limité en raison de la faible ouverture, très bonnes performances terrestres

2. Entre 100-190 mm : Beaucoup d'objets astronomiques à observer mais après quelques années les sujets deviennent plus rares. Performances terrestres remarquables mais parfois inadaptés.

3. 200 mm et supérieurs : Suffisamment de sujets astronomiques pour vous occuper toute la vie. Inadapté à l'observation terrestre en raison du grossissement important (25 à 40x minimum) et de l'encombrement.

Ces catégories ne sont bien sûr pas des points de référence autour desquels évolue le marché car les lunettes et les télescopes visent avant tout à satisfaire un besoin, un objectif particulier comme l'initiation, l'observation de la nature, l'astrophotographie, le ciel profond, l'observation planétaire, etc.

Cette division en trois catégories vous aidera à cerner vos besoins en comprenant mieux les limites de chaque catégorie d'instrument.

Rappel des trois grandes familles d'instruments astronomiques : de gauche à droite, la lunette astronomique (réfracteur), le télescope de Newton (réflecteur) et le télescope Schmidt-Cassegrain (catadioptrique). Cliquer sur les images pour les agrandir.

Le choix d'un instrument dépend de ce que vous désirez en faire. Essayez pour commencer par répondre aux questions suivantes :

Combien d'argent suis-je prêt à investir pour acquérir un télescope et ses accessoires : 200 €, 500 €, 1000 €, 2000 € ou plus de 5000 € ? L'argent étant le nerf de la guerre, il est inutile d'espérer acheter le nec plus ultra du marché si votre budget est limité à 1000 €. Rien qu'une bonne monture équatoriale allemande peut coûter aussi cher que votre tube optique, et vous n'avez pas encore acheté vos accessoires (oculaires, filtres, moteur, CCD, bagues photographiques et système de guidage éventuel, etc). Sachez également qu'au plus un instrument est perfectionné et haut de gamme, plus le délai de livraison est long. Attendez-vous à un délai de 4 mois pour un filtre interférentiel à bande étroite et supérieur à un an pour une lunette apochromatique de 130 mm de diamètre. Heureusement beaucoup d'autres produits sont disponibles de stock, et même en promotion !

Combien de fois vais-je l'utiliser ? A moins de vivre très aisément et sans passion, rien ne sert d'investir dans un télescope de 10000 € voire même de 1000 € si vous n'allez l'utiliser que deux fois par an pour observer un quart d'heure la Lune. Si c'est bien une question à négocier entre vous et votre conscience, soyez réaliste et n'investissez dans un instrument de ce prix que si vous disposez du temps nécessaire pour observer et d'un site d'observation proche ou adapté à cette activité, éventuellement propriété d'un club d'astronomie.

Dans quel but est-ce que je souhaite acquérir cette optique ? Que voulez-vous observer ou étudier ? Nous le soulignerons encore, mais l'observation des planètes en haute résolution ou des galaxies lointaines nécessite des instruments de longue focale et de grand diamètre, très différents des instruments de court rapport focal utilisés pour observer les comètes ou de vastes champs d'étoiles.

Pour quel genre d'observation ? Visuelle, photographique, photométrique... ? Ce facteur intervient essentiellement dans la précision mécanique que vous allez devoir exiger de la monture et du type d'accessoires qui viendront compléter le télescope ou solidariser le détecteur au porte-oculaire (appareil photo, CCD, webcam, filtre interférentiel, photomètre, spectrographe, etc). Si vous ne comptez pas photographier les objets célestes ni mesurer quoi que ce soit, la robustesse de la monture et la précision de l'entraînement peuvent être secondaire et vous pouvez probalement vous satisfaire d'une monture relativement légère. Celle-ci constitute par contre un facteur limitatif en haute résolution si les erreurs périodiques dépassent 5 ou 10" pour un 300 mm et si la moindre vibration ou rafale de vent est visible à l'oculaire.

Quelle qualité optique et mécanique suis-je prêt à exiger ? Si vous comptez observer le ciel occasionnellement et n'êtes pas à l'affût de l'image la plus stable, la plus belle, ou si quelques aberrations résiduelles ne vous ennuyent pas, vous avez de la chance et vous avez le choix parmi toute la gamme de lunettes et de télescopes existants. Si vous avez besoin d'une excellente optique alliée à une mécanique de haute précision, vous devez vous orienter vers des produits haut de gamme, souvent très onéreux.

Quelle est ma conception optique préférée ? En fonction de vos réponses aux questions précédentes, vous allez devoir vous orienter soit vers les lunettes qui offrent un diamètre limité soit vers les télescopes qui vous ouvrent littéralement la voie aux grands diamètres.

Voilà autant de question auxquelles vous devez d'abord répondre avant de porter votre choix sur une catégorie d'instruments, un type de lunette ou de télescope précis. Vos réponses vous indiqueront déjà quelle genre d'instrument convient à votre usage et... à votre portefeuille. 

Cette décision n'est pas une affaire que l'on décide en cinq minutes et comme pour tout achat vous devrez faire des compromis entre qualité, diamètre et prix. Certains amateurs misent tout sur la qualité de l'image là ou d'autres préfèrent un grand diamètre pour son pouvoir de résolution; d'autres achètent plusieurs télescopes avant d'être satisfaits. Chacune de ces écoles a ses fervents défenseurs et il est vain de vouloir critiquer l'une plutôt que l'autre idée. J'ai toutefois essayé de clarifier le sujet dans les autres pages de ce dossier.

Si à la fin de la lecture j'aurai pu vous aider à prendre une décision, mon objectif sera atteint.

Prochain chapitre

Les petits instruments de 60 à 90 mm

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