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Il nous faut "seulement" un programme basé sur les lois du mouvement de Newton et tenir compte des conditions initiales du système. Ce déterminisme causalement fermé prétend que nous sommes dotés d'une véritable liberté et créativité[1]. -
Le déterminisme dit scientifique[2]
est défini comme étant une doctrine selon laquelle l'état de tout système
physique clos à tout instant du temps peut être prédit, même de l'intérieur
du système, avec n'importe quel degré de précision stipulé, en déduisant
la prédiction de théories, en conjonction avec des conditions initiales
dont le degré de précision peut toujours être calculé dès lors que le
projet de prédiction est donné. Dans sa version forte, le déterminisme
prédit si le système en question sera un jour dans cet état ou non. Ce
que nous ne pouvons pas prédire, c'est le comportement du système pour
tous les instants du temps. Cependant, puisque l'auto-prédiction est
impossible eu égard à l'incomplétude des conditions initiales, le déterminisme
"scientifique" peut être réfuté et avec lui, toute théorie déterministe
censée fondée sur les résultats ou les succès de la science. Ces
deux définitions du déterminisme sont en étroite relation avec le réductionnisme,
bien que ce dernier ne doive pas nécessairement être déterministe. -
L'indéterminisme se voit dans l'impossibilité absolue de prévoir
le cours des événements ou de réaliser une prédiction complète à
partir de l'intérieur du monde car l'événement est incontrôlable, il
ne dépend d'aucune loi causale ni coïncidence. Il ne peut être déterminé
qu'en termes probabilistes. Il dépend du hasard absolu. Il laisse une
porte ouverte à la possibilité que le monde soit complètement déterminé
par ce que certains appellent un "principe divin". -
Le fatalisme est une philosophie (nécessitarisme) ou une doctrine
(prédestination) qui considère que le cours des événements est dicté
de façon inéluctable par une puissance mystérieuse. Tout effort de
notre part pour contrer cette volonté est vain. Puisque tout ce qui est
prévu doit arriver, le fataliste refuse de se dépenser en efforts
inutiles. A.Cuvillier précise que le fatalisme se distingue du déterminisme
par le fait que cette conception porte non pas sur les décisions elles-mêmes
mais sur leur mise à exécution.
L'empiriste
fait de la causalité une idée subjective qui résulte des successions régulières
des phénomènes, nous donnant l'illusion d'une nécessité logique. Mais
l'empiriste fige le principe d'identité car l'expérience est sans cesse
changeante : il en vient dès lors à ordonner les données elles-mêmes,
à l'instar du Gestaltisme. Ni
le rationnel ni l'empiriste ne croient véritablement en l'évolution de
la raison ou des mentalités. -
L'idéalisme tantôt rationnel, empiriste, critique ou
transcendantal considère que la pensée est la seule réalité. L'idéaliste
transcendantal reconnaît que le phénomène possède une réalité
objective mais reste néanmoins un produit de l'esprit. La nature est un
objet d'expérience. Mais en distinguant le sujet de l'objet, l'idéaliste
prétend expliquer comment l'esprit s'impose aux choses. S'il reconnaît
que l'esprit est à l'œuvre dans la perception sensible, il n'explique
pas comment naît la connaissance. -
Le spiritualisme contemporain souligne qu'un sujet à conscience de
lui-même alors qu'on ne connaît une chose que de l'extérieur. Le
"je" sujet de l'action dispose d'une volonté qui n'est pas une
force vitale, mais une force "hyperorganique", de nature
spirituelle. Elle apparaît avant tout sur le plan psychologique. -
Le faillibilisme développé par Kurt Gödel et Karl Popper démontre
l'incomplétude des énoncés mathématiques et les limites du pouvoir de
la logique. Cette prise de conscience brisa l'idéalisme de certains.
- Le constructivisme limite la liberté des mathématiciens aux seuls résultats significatifs pour l'homme. On écarte le raisonnement par l'absurde car il s'agit d'un paradoxe de la pensée, on élimine les lois dans lesquelles les solutions des équations divergent, qui présentent des singularités pour ne conserver que les théories véritables, capables de démontrer les choses, de prouver leur existence. Cette construction mathématique est synonyme d'algorithme, découverte qui conduira à la célèbre "machine de Turing" et aux "superordinateurs". Cette logique séquentielle combine des opérations logiques qui en théorie permettent de tout calculer, jusqu'à l'infini si nécessaire; c'est le concept opérationaliste.
Mais Alan Turing et consorts ont démontré au siècle dernier qu'il
existait des fonctions non calculables ou qui prenaient tellement de temps
que l'on ne verrait jamais le résultat. Cette idée souffre cependant
d'une exception majeure, car le constructivisme permet de découvrir les
lois de la nature et rien ne s'oppose à ce que ce mode de pensée
aboutisse à la "Théorie de Tout" (TOE).
Si un jugement
n'est pas validé par une mesure, c'est un préjugé. Dans ce sens les modèles
théoriques ne reflètent pas la réalité. Ainsi la physique quantique
soulève de grandes questions épistémologiques. -
Le phénoménalisme d'Ernst Mach -
Enfin le positivisme logique du Cercle de Vienne tenta d'unir le formalisme des
observations aux règles d'inférence et au monde sensible. Il privilégie
la vérifiabilité de la théorie scientifique et obéit à un
phénoménalisme qualifié de dur. Le monde que
l'on bâtit par l'intermédiaire des théorèmes et de la logique ne représente
rien en lui-même, il est insuffisant pour décrire la réalité "du
dehors". Selon les positivistes et contrairement aux idées de Mach,
les questions scientifiques sont des notions métaphysiques du ressort du
langage. Dans le discours scientifique, en dehors des faits observés ou
expérimentaux, seul est autorisé le formalisme logique et mathématique.
La démarche logique permet de révéler la cohérence
ou l'absurdité des théorèmes sans la moindre hypothèse ontologique à
son sujet. La difficulté fondamentale est de donner
une description quantitative des phénomènes sensibles. Si
les colloques scientifiques permettent de confronter les opinions de
chercheurs appartenant à diverses disciplines, en corollaire le
relativisme du scientifique devient évident; l'interdisciplinarité est
intersubjective. La subjectivité de chacun est refoulée, car rien ne
"va de soi", ni l'interprétation réaliste, ni
l'instrumentalisme, ni aucun "principe" qui sous-tendrait cette
philosophie. La
cosmologie par exemple a conservé une place de choix pour la physique théorique.
Ses résultats s'appliquent à la physique quantique, à la dynamique des
fluides, à la physique de la matière condensée, etc. Capable de représenter
des structures réelles sous forme de modèles théoriques, le
raisonnement seul a permis de déduire de nouvelles propriétés de
l'espace. A la limite les seuls concepts aboutissent à une impasse.
Ainsi, malgré
la bonne volonté des scientifiques, certaines équations complexes
cachent des termes constants irréductibles, des paramètres libres, des
singularités qui empêchent à ce jour de progresser.
Il
apparaît avec un peu de recul que l'histoire des sciences est étroitement
liée au progrès des préjugés face aux lois scientifiques, faits de
l'expérience ou théoriques. Jusqu'à
l'époque de Newton par exemple, les lois déductives ne se justifiaient pas car le
monde s'expliquait aisément à partir de l'expérience vécue. Kepler
pressentait que l'orbe des astres devait se déterminer par la théorie et
non plus empiriquement à partir de tables. C'est Newton, en comprenant
sans pouvoir l'expliquer, que la gravitation ne pouvait pas être une
force instantanée, qui a mis l'accent sur un principe fondamental.
Einstein ensuite a démontré que la relativité ne nécessitait pas de système
de référence absolu pour élucider les observations antérieures. Le
"principe de relativité" proposé par Einstein, qui traduit l'équivalence
des points de vue (la covariance) a été guidée par un sens aigu de la
logique intuitive. Pure conception de l'esprit, déterminée a posteriori
par le manque de précision des observations, sa théorie contient tous
les faits observés, les expliquent, et permet d'en découvrir de
nouveaux. La notion même de relativité est abstraite et souligne la
prodigieuse avancée qu'elle donna à la Connaissance. Prochain chapitre L'idéologie
de la science : du positivisme à l'empirisme
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