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La petite histoire du projet Manhattan Les leçons de la bombe (III)
Jamais dans l'histoire des hommes un projet d'envergure comme celui de Manhattan ne fut achevé aussi rapidement - 3 ans -, encore moins pour détruire un ennemi nettement moins armé. S'il révèle le génie de l'homme et sa volonté de réussir l'impossible devant l'adversité, il met aussi en lumière sa folie et son manque de moralité. Aujourd'hui nous savons quels sont les risques associés à l'usage de la bombe atomique et quels "avantages" elle procure aux nations qui la détiennent. Nous allons y revenir dans un instant. Mais parlons d'abord de la population, ces Japonais en majorité civils qui succombèrent sous les bombes A et les survivants irradiés, les fameux Hibakusha. Pourquoi
Nagasaki ?
D'un point vue historique et moral il
y a une question éthique qui met mal à l'aise les Etats-Unis : pourquoi Nagasaki ? Une bombe n'a-t-elle pas suffit ?
Le nuage de poussières radioactives s'élevant au-dessus d'Hiroshima
photographié par un résident. Document du Musée
de la bombe A d'Hiroshima. Sans réponse de
l'Empereur Hiro-Hito, le Président Truman n'était pas certain d'avoir
gagné la guerre et ne voulait certainement plus perdre de nouveaux hommes
dans une guerre sur le sol japonais. D'autres
historiens pensent plutôt que les Etats-Unis
testèrent leur nouvelle bombe et prirent en fait les habitants de
Nagasaki comme cobayes... On peut le penser car les Américains
étudièrent méticuleusement les effets radiotoxiques de leur bombe sur les pauvres victimes dans les mois et
les années qui suivirent mais ils ne les soignèrent pas pour autant... Le maire de Nagasaki demanda officiellement le 9
août 2005, au cours des cérénomies commémorant le 60eme
anniversaire de l'explosion, pourquoi les Etats-Unis avaient fait exploser
cette bombe sur leur ville et pourquoi ils continuaient à maintenir leur
20000 têtes nucléaires en état... ? Peu scrupuleux des conventions
internationales, le Président Bush Jr n'a pas daigné répondre. Si les
Etats-Unis maintiennent leur arsenal nucléaire, ce n'est certainement pas
pour se donner bonne conscience. Rappelons que l'Europe joue également à
ce jeu macabre tout comme l'Inde et une poignée d'autres états.
Tous sont également des puissances spatiales capables de mettre sur orbite
des satellites lourds à vocation militaire. Mais à ce que l'on dit, les
Etats-Unis voulaient aussi impressionner Staline et ainsi calmer les
envies de conquête de l'Empire Soviétique tant en Europe de l'Est qu'en
Asie du sud-est. Les
victimes d'Hiroshima et de Nagasaki Ce
n'est pas seulement le souffle qui décima la population mais également
la chaleur dégagée au cours de l'explosion, l'effondrement des
bâtiments sur les victimes et bien sûr l'intensité des radiations ainsi
que nous l'avons expliqué dans l'article consacré aux effets
des explosions nucléaires. A
Hiroshima, dans un rayon de 1.2 km autour de l'hypocentre (le point situé
au sol à la verticale de l'explosion), il y eut
probablement 50% de mortalité parmi les 350000 habitants de la
ville-garnison à cette époque. Le sondage effectué ultérieurement par la Ville
d'Hiroshima estimait que 118661 habitants étaient morts au 10 août 1946.
Ajoutés aux 20000 soldats tués au cours de l'explosion et ceux en train
de mourir sous l'effet des radiations, la bombe provoqua la mort d'environ
140000 personnes en l'espace d'un an, soit 40% de la population ! A
Nagasaki, la ville fut bâtie dans une série de vallées étroites
entourées de montagnes à l'est et à l'ouest. La bombe explosa à
environ 500 mètres d'altitude, à la verticale d'écoles, d'usines et
d'habitations privées. Une enfant de
Nagasaki tenant en main une pelotte de riz. Plutôt que la couleur du sang, l'odeur de la
poussière et de la mort, une seule image en noir et blanc résume tout le désespoir d'un
peuple. Qui entend son appel ? Document de Yosuki Yamahata. Bien que les buildings fabriqués en béton armé
furent détruits dans un rayon de 750 mètres autour de l'hypocentre, un
rayon supérieur à celui d'Hiroshima où la bombe explosa plus
verticalement, et bien que la bombe au plutonium présentait une puissance
supérieure, la topologie de Nagasaki absorba une partie des effets de
l'explosion si bien qu'un espace réduit à 6.7 km2
fut réduit en cendres (comparé aux 13 km2
d'Hiroshima). Sur les 51000 bâtiments, 22.7% furent totalement détruits
ou brûlés et 36.1% échappèrent à la destruction. Sur
les 270000 habitants présents dans la ville au moment de l'explosion, il
y avait 2500 travailleurs conscrits de Corée et 350 prisonniers de
guerre. Environ 73884 personnes furent victimes de la bombe soit 27% de la
population et 74909 furent blessées et souffrirent des séquelles des radiations. Le
prix de la paix Dans les mois et les années qui suivirent, le pire et le plus effroyable
des maux devait encore se produire ; le monde découvrit que ceux et
celles qui avaient survécu aux bombes atomiques portaient des séquelles qui n'avaient rien à
voir avec les blessures d'une arme conventionnelle et avaient été
contaminés au point d'en être transfigurés à vie, physiquement,
génétiquement et parfois mentalement. Cela peu de personnes pouvaient se l'imaginer en
élaborant la bombe. Avant
ce mois d'août 1945, les seules personnes connaissant les effets réels
de la radioactivité sur l'organisme furent les quelques centaines de scientifiques et de militaires
américains qui étudièrent les effets des rayonnements ionisants sur les
animaux et l'environnement au cours du projet Manhattan. Mais pour
beaucoup d'employés, ce n'est que rétrospectivement qu'ils firent
réellement le lien entre leur activité tenue secrète et la finalité de
leur travail. Toutefois, beaucoup de physiciens spécialisés dans le
nucléaire ainsi que les responsables hiérarchiques savaient qu'ils
fabriquaient une bombe et qu'elle serait utilisée et allait provoquer de telles affections. Mais la raison
d'Etat les muselait tous. A cette époque, la fin
justifiait les moyens. Les choses n'ont pas foncièrement changé depuis. Toutes
les grandes puissances modernes développent des armes plus redoutables
que les autres, en commençant par les bombes neurotoxiques, celles à
l'uranium appauvri et les bombes à impulsion électromagnétique qui sont
tellement compactes qu'elles tiennent sous un drone (avion téléguidé ou
autonome sans pilote). Certains de ces projets furent soi-disant
abandonnés mais ce n'est certainement pas la meilleure méthode pour se
préparer à défendre son territoire. En
effet, en abandonnant des technologies de
pointe aussi radicales à l'ennemi, on ne risque pas de la maîtriser le
jour où il y aura un conflit et que la partie adverse les utilisera. Tout
le monde connaît que trop bien l'adage "prépare la guerre si tu
veux la paix". Ne nous voilons donc pas la face et on peut donc
supposer que les gouvernements, y compris Européens comme l'Angleterre,
l'Allemagne ou la France, gardent ces armes sous le couvert et continuent
à s'y intéresser dans le plus grand secret. N'a-t-on pas
découvert voici quelques années que la France développait la E-bombe... Point
de vue politique
Politiquement, qu'est-ce que les nations ont appris de
l'usage de la bombe atomique depuis 1945 ? Est-ce positif ou négatif ? L'effet de la
bombe a produit un électrochoc chez les Grandes Puissances et toutes
les nations. Sous l'effroi le Japon capitula. Mais
devant la puissance de l'atome, tous les pays assez fortunés et ingénieux
ont voulu construire eux aussi leur arme absolue pour jouer dans
la "cour des grands" et faire peur à leurs voisins.
Dans les années 1950-60, on nous dit que la bombe était une arme de dissuasion,
en d'autres termes que l'arme atomique ne serait jamais utilisée. Portant en 1962,
en pleine Guerre froide, Kennedy et Krutchev furent à deux doigts
de l'utiliser à nouveau et pendant 30 ans les Etats-Unis comme la
Russie procédèrent à plus de 1000 tirs nucléaires et la France à
plus de 200 essais nucléaires. Plus tard, en 1991 les Etats-Unis
l'utilisèrent sous une forme portable mais plus ravageuse encore
(armes à l'uranium appauvri) en Irak durant la Guerre du Golfe.
L'Europe les imitèrent durant la guerre des Balkans et celle du Kosovo. Aujourd'hui,
devant l'attitude agressive des Etats-Unis, le Président russe a remis en
service ses bombardiers stratégies nucléaires, bref personne n'a
compris la leçon. Malgré
les gardes-fous aujourd'hui mis en place par les agences supranationales (ONU, AIEA,
etc) et le pouvoir de la Cour Internationale de Justice de La Haye, tous les
chefs d'Etats des pays non démocratiques, les dictatures notamment et
les régimes islamiques, ont un jour ou l'autre eut l'intention
d'acquérir l'arme atomique sans jamais l'obtenir : l'Algérie du Colonel
Kadhafi (il s'est assagit depuis), l'Irak de Saddam Hussein (la Guerre
du Golfe l'en empêcha), la Corée du Nord de Kim Jong-il (projet
abandonné) ou encore l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad (il
s'en défend). D'autres l'ont finalement acquise pour citer l'Inde et
le Pakistan en 1974 à la désapprobation de l'OTAN. Connaissant
le régime instable de ces nations, cela donne des frissons. Car
ainsi que nous l'avons expliqué, si ces nations sont capables de
produire des kilos d'uranium enrichi pour alimenter leurs centrales
nucléaires - souvent fabriquées en collaboration avec les pays
occidentaux -, nous savons de triste mémoire (essai nucléaire indien
en 1974) qu'elles peuvent également détourner ce combustible
pour fabriquer des bombes ou le vendre au marché noir à des nations
amies, comme ce fut par exemple le cas entre l'Iran et le Pakistan pas
plus tard qu'en 2005. Un
expert en géopolitique pourra donc en conclure qu'il vaut mieux rester
prudent en matière de nucléaire et surveiller de près l'usage que
font les nations des combustibles fissiles et limiter le nombre
d'armes nucléaires au risque de connaître une escalade comme on en
connut par le passé avec tous les accidents associés à leur
usage. La
dissuasion et les traités SALT, START et SORT Aujourd'hui
la Guerre Froide est terminée et les bombardiers du SAC ne volent plus
équipés de plusieurs bombes H lors des exercices d'alerte. Mais quelques portes-avions ou
sous-marins américains, russes, anglais, chinois ou français sont toujours
armés de missiles à courte et longue portée équipés chacun de
nombreuses têtes nucléaires. La dissuasion continue... Le
traité intérimaire SALT
I (Strategic Arms Limitation Treaty) signé en mai 1972 à
Moscou entre Alexi Kosygin (gauche) et le Président américain
Richard Nixon (droite). En
1965, McNamara estimait qu'il fallait tuer le quart de la population Russe
soit 55 millions d'habitants pour calmer les pulsions agressives de
Kroutchev, ce qui représentait la puissance de feu de plusieurs milliers
de missiles nucléaires, pratiquement tout l'arsenal américain. Face
à ce jeu dangereux, quelques années plus tard les Grandes Puissances
ont décidé de négocier une limitation puis une réduction de leur
armement nucléaire respectif. Grâce
au traité intérimaire SALT
I (Strategic Arms Limitation Treaty) signé en mai 1972 à
Moscou entre Alexi Kosygin et le Président américain Richard Nixon, les
Grandes Puissances limitèrent la prolifération des missiles nucléaires
ballistiques (ICBM et SLBM) mais pas le risque d'une guerre régionale. En
effet, ce traité n'était qu'un avant-projet et ne concernait pas les IRBM russes qui pouvaient atteindre
l'Europe occidentale. Les négociations n'étaient pas achevées et
dureront jusqu'en octobre 1977. Le
traité SALT II devait être signé en 1979 entre les Présidents Léonid Brejnev et
Jimmy Carter, celui qu'on surnomma le "Président de la Paix".
Mais suite à l'intervention des Russes en Afghanistan la même année, les négociations
seront repoussées à 1980. Bien qu'aucun accord n'ait jamais été signé, les
Etats-Unis s'engagèrent à respecter les limitations prévues par le
traité, notamment de limiter leurs missiles ballistiques à 2400 unités.
Toutefois, l'accord ne tenait pas compte des milliers de SS-20 et des bombardiers
Backfire soviétiques. Un nouvel traité SALT III devrait être négocié. Signature
du traité SORT sur
la réduction des armes stratégiques offensives entre les Présidents Putine et
Bush le 24 mai 2002. Doc US Gov. Des
négociations bilatérales débutèrent en 1982 lorsque le Président
Ronald Reagan fut élu aux Etats-Unis et proposa le traité START
(Strategic Arms Reduction Treaty). Ce traité devait réduire les
arsenaux nucléaires des Grandes Puissances de 25%, sans pour autant
les limiter (chaque pays jugeant souverainement qu'il avait besoin de
cette force de dissuasion pour éventuellement se défendre - dans le
cas des Etats-Unis - ou aider des pays amis - dans le cas de la
Russie). Comme les autres traités, les négociations furent rompues
à plusieurs reprises mais le traité START I fut finalement ratifié
en 1993 par les Présidents Mikhaïl Gorbatchev et George Bush Sr. D'autres
traités sur la réduction des armes ballistiques nucléaires seront
signés en l'espace d'une vingtaine d'années : SALT II en 1979, INF (Intermediate-Range Nuclear
Forces Treaty) en 1988, BDA (Bilateral Destruction Agreement) en 1990,
START II en 1993, SORT
(Treaty on Strategic Offensive Reductions ou Traité de Moscou) en 2002, etc. A
chaque fois le traité ne fut (partiellement) appliqué que par les
Etats-Unis, l'URSS estimant que ses arsenaux nucléaires stratégiques
et tactiques étaient très inférieurs au stock nucléaire
américain, ce qui l'incita pendant 30 ans à l'augmenter plutôt
qu'à le diminuer ! Globalement on peut considérer que le stock
d'armes nucléaires a été réduit bilatéralement de façon
significative à partir du traité INF, donc depuis 1988 seulement
ainsi que le révèle le graphique présenté ci-dessous. En
effet, suite à l'accident de Tchernobyl en 1986, à l'initiative
du Président Ronald Reagan, en 1991 le Congrès américain adopta le programme
de réduction de la menace nucléaire par la coopération, le programme
"Cooperative Threat Reduction" (CTR) également connu sous
le nom de Loi Nunn-Lugar. Ce programme fut financé à concurrence de
1.8 milliards de dollars, dont plus de la moitié sera attribué à la Russie.
Ce programme permit immédiatement de se préoccuper de l'armement nucléaire
détenu par les Etats-Unis et l'ex-Union soviétique. C'est
ainsi qu'entre
1991 et 1996, environ 3400 ogives nucléaires seront rapatriées en
Russie ou détruites et aujourd'hui environ 1700 missiles et 760
lance-missiles et bombardiers ont été démantelés en Russie. L'avenir
de la dissuasion Le
prochain accord de désarmement devrait ramener à
1000 ou 2000 le nombre de têtes nucléaires détenues par les Etats-Unis
et la Russie. Mais avec une puissance globale de 2 GT, il en restera toujours assez pour
rayer les 2 milliards d'habitants des mégapoles de la carte ou faire un
petit Krakatoa (5 GT, 1883), avec les effets radioactifs et les tsunami en
cadeau ! Sachant cela, faut-il réduire le nombre de têtes nucléaires à 0
? Seul l'avenir géopolitique en décidera.
Aujourd'hui et malgré les accords de non prolifération des armes
atomiques et de désarmement bilatéraux, on estime que les 55 millions
d'habitants évoqués par McNamara en 1965 pourraient être tués avec seulement 51 têtes
nucléaires modernes ! L'arsenal nucléaire actuel est donc encore plus
dangereux qu'il n'était il y a 40 ans ! Estimation
de l'évolution du stock d'armes nucléaires opérationnelles et
de réserve entre 1945 et 2005. Notez la réduction importante
des stocks depuis le traité INF. Document Wikimedia
Commons adapté par l'auteur. En
2005, les Etats-Unis et leurs alliés Européens disposaient
d'environ 5300 têtes nucléaires opérationnelles, 5000 autres étant
en réserve, tandis que la Russie disposait vraisemblablement de 7200 têtes nucléaires,
la Chine environ 400, la France 350 et l'Angleterre 200. Israël
disposait d'environ 200 armes nucléaires tandis que l'Inde et le Pakistan
avaient chacun moins de 100 têtes nucléaires. Au total, en
comptant sur une puissance de 1 MT seulement par tête nucléaire, nous
disposerions d'une puissance de feu d'au moins... 18.85 GT ! Ce que cela
représente ? Une énergie d'environ 1019
Joules mais elle pourrait être 100 fois supérieure ! C'est pratiquement
équivalent à la puissance de l'explosion du volcan Tambora en 1815 (24.5
GT), à l'impact d'une météorite d'environ 500 m de diamètre ou encore 60
fois la puissance du tsunami qui frappa l'Indonésie à la Noël 2004 (475 MT) ! Le
nombre de victimes ? Tout dépend des objectifs. Entre 1 et 20 millions
d'habitants dans les villes et par MT, mais avec cette puissance de frappe
on peut facilement rayer l'humanité de la surface de la Terre. Parmi les
survivants, il restera sans doute les scorpions, l'une des rares créatures
capable de résister aux explosions nucléaires ! Ainsi
que nous l'avons dit, selon l'avis général des militaires, la bombe atomique est une arme de
dissuasion. C'est-à-dire qu'en pratique, depuis 1945 les effets qu'elle
peut produire font toujours réfléchir les éventuels agresseurs et calment
les tendances meutrières de quelques chefs d'Etats, préservant le monde
d'une nouvelle guerre mondiale. Cela c'est la théorie et elle ne
s'applique qu'à grande échelle car bien que la Cloche de la Paix ne résonne plus depuis Nagasaki,
les conflits sont restés locaux et urbains, sans avoir l'ampleur des
grandes guerres. Cet
avis est toutefois discutable quand on apprend par exemple que la seule Guerre du
Golfe de 1991 tua plus d'un million d'Irakiens pour quelques centaines de GIs.
Financièrement, par jour de guerre elle coûta même plus cher que la
Guerre du Vietnam ! (5.6 milliards de dollars/mois contre 5.1 milliards de
dollars/mois au Vietnam, actualisés, selon l'Institute for Policy Studies
et le Foreign Policy in Focus, deux organisations américaines
opposées à la guerre). Combien de morts faut-il
aux militaires pour qualifier une guerre de "grande" ou un
conflit de "majeur" ? Rappelons que la guerre du Vietnam tua 3
millions de Vietnamiens et 58700 GIs. Faudrait-il toujours autant ou plus
de victimes que la guerre
précédente... ?! La question devient éthique. Point
de vue éthique On
peut se dire que la guerre ne fait pas de sentiments et que l'éthique
n'est pas compatible avec un conflit armé. Mais c'est ignorer
qu'aujourd'hui la majorité des membres de l'ONU ont signé des
résolutions ou des protocoles humanitaires (Cf. les Droits
de l'Homme) dans lesquels ils s'engagent à respecter les populations civiles
et l'environnement durant les conflits. Nous avons discuté de cette
question précédemment, à propos des bombes à l'uranium
appauvri. Malgré deux explosions nucléaires sur le Japon,
des accidents nucléaires en pagailles qui tuèrent globalement des
centaines de militaires et des milliers de civils, ces bombes et ces "bonnes
résolutions" n'eurent pas les effets escomptés. Dès 1945, la communauté scientifique n'a pas réagit après
l'utilisation de la bombe, trop aveuglée sans doute par le pouvoir de
l'atome. Mais le public non plus ne s'est pas offusqué et crié sa
désapprobation d'avoir utilisé une telle arme contre des civils. Et pour
cause, pour les nations en guerre la fin justifiait les moyens... En
fait le monde politique est bourré de bonnes intentions mais il
n'agit pas, il réagit. Il prend rarement des initiatives et ce n'est
que sous la pression du public ou des opposants qu'il est contraint de
réagir avec des mois ou des années de retard, lorsque la situation
est pratiquement perdue, le conflit latent ou la population
disséminée par la catastrophe. La même situation se produit en
matière humanitaire et de protection de l'environnement. Aujourd'hui,
la position de l'ONU est différente d'il y a 50 ans et condamne
toute aggression contre des populations civiles, un sentiment partagé par la plupart
des nations démocratiques. Mais cela n'empêche pas les nations en
guerre de sacrifier les populations civiles comme on l'a encore vu
récemment dans la guerre qui opposa Israël au Hezbollah (Liban,
été 2006). Malgré l'indignation politique et la condamnation ferme de
l'Europe, pendant plus de 2 mois le Conseil de sécurité de l'ONU est
resté passif, le monde assistant impuissant au massacre d'innocents
sous l'approbation des Etats-Unis. Finalement un cessez-le-feu
fut accepté par les deux protagonistes, mais nous savons tous que sur le
terrain les armées respectent rarement les résolutions de l'ONU. Militez
et agissez ! Si
un jour vous désespérez face à la folie des hommes, si vous perdez
espoir en sa sagesse et son intelligence, je vous souhaite de rencontrer
une Japonaise irradiée qui par bonheur a survécu à ses
blessures. Par sa soif de vivre et son combat quotidien pour défendre la paix, vous
ne pourrez que compatir à sa douleur et vouloir tout faire pour que cela
n'arrive plus jamais. La situation est encore plus poignante et choquante
quand des enfants en sont victimes comme ce fut le cas après l'accident
de Tchernobyl, car n'oublions pas que le nucléaire civil est
potentiellement tout aussi dangereux que sa version militaire. On
en reparlera. Dans
ce contexte Internet et sa puissance virtuelle à un rôle à jouer en
diffusant l'information au plus grand nombre, permettant aux personnes sensibilisées de signer
par exemple des pétitions ou de s'abonner à des magazines d'information
par souscription électronique. Je conviens qu'on peut douter de
l'efficacité des pétitions qui, pour certaines, n'ont aucun impact sur
la politique d'un gouvernement, même dans nos pays démocratiques. Mais
étant donné que votre signature ne vous coûte rien si ce n'est le
courage de vos opinions, jugez vous-même de l'intérêt de la chose : si
même une seule pétition sur cent est considérée avec sérieux et
peut aboutir à une action officielle - et il y en eut -, ce militantisme
mérite d'être poursuivi si cette cause vous concerne. Vos
représentants publics sont là pour vous aider à porter vos idées sur
la place publique, devant les sénateurs ou sur le bureau de la plus
grande autorité si nécessaire. A
mon humble avis c'est la seule réaction
sage que nous devrions tous avoir si nous voulons sortir du nucléaire
et éradiquer les armes biologiques, chimiques et radiotoxiques de la planète. Mais ce
type d'action est également valable dans bien d'autres domaines,
humanitaires ou socio-économiques. Si
nos représentants, les agences gouvernementales, les observateurs internationaux et les satellites
espions gardent bien la planète, on peut espérer que l'erreur de 1945 ne
sera plus jamais commise. Mais le risque nucléaire est malheureusement
loin d'être écarté; il suffit de porter son regard sur les régimes
totalitaires du Moyen-Orient ou d'Asie. Pour
plus d'information Les
accidents nucléaires militaires (sur ce site) La
rubrique "Nucléaire et santé" dans le dossier L'écologie
et l'environnement (sur ce site) Treaties
and Agreements, US Gov OTAN
Hebdo (actualité des conférences et
événements organisés par l'OTAN depuis 1945) La
réduction des armes nucléaires offensives : le passé et le présent,
R.Davis, USInfo, 2002 Le contrôle des armements et le désarmement, Gouv.Canadien, 1999 La dissuasion nucléaire a-t-elle encore un rôle à jouer ?, Revue de l'OTAN, 1997 Wikipédia sur le projet Manhattan Le site de Sébastien Jodogne sur le Projet Manhattan Le site de Gene Dannen sur Leo Szilard
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