L'origine et l'avenir de l'Homme

L'impact exponentiel de la population humaine (VI)

La foule à Time Square un 31 décembre. Des individus d'une population qui ne cesse de croître.

Jusqu'à une époque très récente, mis à part les brûlis, les empoisements de rivière et les guerres tribales, l'impact des hommes sur la biosphère était négligeable et les effets de courte durée. Dame Nature était bien plus violente que nous, et l'est encore quelquefois.

En effet, voici quelques centaines de milliers d'années, ce n'étaient pas les quelques dizaines de millions d'habitants dispersés sur la Terre entière et manipulant des outils primitifs et sans effets secondaires qui pouvaient porter un réel préjudice au biotope ou au climat. 

Mais depuis l'Age du Bronze (1700-800 avant JC) et surtout l'Age du Fer qui s'est réellement implanté à partir de 500 avant notre ère - rappelez-vous les Celtes et les Romains - en façonnant en série des armes solides et efficaces, l'homme s'est implanté au détriment d'autrui, entrant en compétition avec tout qui entravait son bon développement. 

Ce principe élémentaire de survie, qui nous rapproche plus du comportement de l'animal que de l'homme sage, s'est par la suite appliqué à tous les domaines de la société et nous en subissons parfois aujourd'hui les contre-effets les plus désastreux : conflit de voisinage, dans le travail, en politique, guerre économique, guerre de religion, etc. Il semble que dans ce domaine l'imagination des hommes soit illimitée comme la puissance de ses bombes atomiques.

En profitant de son bien être, l'homme moderne a proliféré comme les lapins (ou les mauvaises herbes diront les mauvaises langues) et sa population n'a cessé de croître au détriment des autres espèces. 

La croissance de la population obéit à la relation suivante dont la solution est une courbe exponentielle :

N = Noert

avec No, la population de départ

e, le logarithme népérien (2.71828...)

r, le taux de croissance naturel

t, l'intervalle de temps considéré.

A lire : L'évolution du nombre des hommes (INED)

Cliquer sur l'image pour lancer l'animation montrant la croissance de la population mondiale entre l'époque du Christ et 2020. Document préparé par John H. Tanton.

Selon les études conduites par l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED), à l'époque du Christ, il y avait 150 millions d'habitants sur Terre, 300 millions en 1350, 600 millions en 1700, 1 milliard vers 1830, 2 milliards en 1940, 4 milliards en 1975, 6.1 milliards en 2000, il y en aura 8 milliards en 2020 et 10 milliards vers 2060 !

A terme, les experts ne s'accordent pas sur le sens de cette évolution. Si nous laissions faire la nature, il est évident que cette courbe exponentielle se poursuivra. Mais vivant sur une planète à l'espace et aux ressources limitées, il est probale que vers 2100, nos descendants prendront la sage décision de limiter le nombre de naissances artificiellement pour ralentir voire réduire cette démographie galopante. Il est un fait que le jour où tous les endroits habitables seront occupés, il faudra bien se résigner à n'avoir qu'un ou deux enfants. Si par la suite il s'avère possible de conquérir de nouvelles terres du ciel, notamment de vivre sur Mars ou ailleurs, nous pourrons soulager la planète de quelques milliards d'habitants. Mais ainsi que nous le verrons en bioastronomie, à long terme cela ne fait que déplacer le problème.

Si vous voulez connaître l'évolution de la population par pays, je vous propose de consulter la base internationale du bureau américain Census. Voici en temps réel l'évolution de la population mondiale :

Compteur de la population mondiale

Rappelons que ce compteur n'a rien à voir avec un quelconque relevé de la population en temps-réel; il ne s'agit que d'une fonction mathématique (voir ci-dessus) valable pour n'importe quelle population dès le moment où son taux de croissance naturel est connu.

Signature nocturne de l'activité humaine en Europe. La fée électrique dans toute sa splendeur. Document réalisé en 2000 dans le cadre du projet DMSP de l'HEASARC.

Après la révolution du néolithique qui vit la sédentarisation des populations nomades et le développement de l'agriculture puis des premiers comptoirs commerciaux, à partir de 1750 en Europe et jusqu'en 1900 dans d'autres pays, nous avons assisté au début de la révolution industrielle. Chronologiquement elle est marquée par quelques innovations majeures telles que le développement des machines à vapeur, l'industrie du charbon, métallurgique, textile, la formation des capitaux industriels, la découverte de l'électricité, l'aviation, les communications sans fil, les canaux artificiels, et quantités d'outils allant de l'hélice au marteau pneumatique et j'en passe. Ce développement fut instigué par la croissance exponentielle et entraîna la flambée des usines, de la main d'oeuvre qui rejoigna les villes, du commerce et des prix.

Progrès pour les uns, exploitation et misère pour les autres, le développement de nos sociétés n'a pas toujours eu l'effet escompté, ou du moins les dirigeants politiques n'ont généralement jamais eu la volonté de changer leurs priorités pour des questions écologiques. 

Cette prise de conscience de la fragilité des écosystèmes fut tardive et débuta aux Etats-Unis au début du XXeme siècle, le terme d'écologie ayant été inventé par le biologiste allemand Ernst Haeckel en 1866. L'Europe n'y adhéra qu'une génération plus tard poussée par les associations alternatives.

Malheureusement bien des exemples nous démontrent que l'augmentation croissante de la population est à l'origine d'une bonne partie des problèmes de conservation que nous avons aujourd'hui. Si cela reste une simple hypothèse de travail pour certains hommes politiques irresponsables, les écologiques ont bien compris la leçon et nous mettent en garde contre les bouleversements que nous provoquons dans la biosphère. De la pollution lumineuse qui perturbe les astronomes aux terres envahies de nitrates ou aux eaux ou aux pluies acides qui détruisent les ressources agricoles et piscicoles, aujourd'hui les méfaits de l'homme sur son environnement ne sont plus à démontrer. Pire, s'il ne s'en préoccupe pas, en exterminant les autres espèces, les biologistes sont de plus en plus convaincus que l'homme court à sa propre extinction.

Document Benbova.net.

Si notre milieu change brutalement à l'avenir ou si nous oublions notre devoir moral envers la nature, celle-ci reprendra peut-être les rennes et notre évolution stagnera quelque temps. Ce scénario catastrophe fait partie des "lois du hasard" et de l'évolution globale des systèmes. Nous avons peu d'emprises sur ces phénomènes à grande échelle et ne pouvons que subir les lois de la nature, même si avec le temps la technologie nous permettra de réduire ses effets.

Rappelons-nous bien que l'évolution est un phénomène très lent et sensible aux conditions initiales ainsi qu'à tout changement d'équilibre. Pour peu que la température de la Terre ait été fraîche lors de la phase prébiotique ou que l'avantage des mutants ait été infime pendant l'évolution des pré-humains, ce n'est pas 100000 ou 1 million d'années que nous aurions dû attendre, mais probablement plus que la durée actuelle de l'Univers. Ne soyons donc pas impatients et en bouleversant notre environnement, pensons à l'avenir de nos enfants.

Si nous souhaitons garder le sourire et retourner à l'espace, non pas à l'état de cendres nucléaires mais pour explorer notre Galaxie, accordons-nous une chance pour rééquilibrer le monde. Généreux, il nous le rendra bien.

L'avenir de l'homme

Le Dr Oliver Curry de l'Ecole d'Economie de Londres (LSE) et spécialiste de l'évolution, a publié le 17 octobre 2006 un article pour la chaîne de télévision Bravo intitulé "Bravo Evolution Report" dans lequel il décrivit l'évolution de l'être humain pour les  prochains 1000, 10 000 et 100 000 ans.

Curry a étudié tous les facteurs qui font évoluer l'homme, notamment l'impact de la génétique, de l'environnement, de la société et des technologies. Selon sa thèse, la mixité des populations donnera naissance à des êtres humains présentant une peau de couleur café. La taille sera de 1.83m pour les femmes et de 2.14m pour les hommes pour une espérance de vie de 120 ans vers l'an 3000.

Les hommes auront des détails faciaux symétriques, une voie plus grave et un pénis plus grand tandis que les femmes auront des cheveux plus brillants, une peau imperbe et douce, de grands yeux et une poitrine plus importante.

Selon Curry, l'humanité atteindra son apogée en l'an 3000, après cela l'homme sera trop dépendant des technologies comme la bionique et la chirurgie esthétique qui auront pour effet d'homogénéiser les types raciaux. 

Alors que la science et la technologie ont le potentiel de créer un habitat idéal pour l'humanité au cours du prochain millénaire, Curry entrevoit un risque que l'humanité stagne et dégénère en raison de sa dépendance chronique envers la technologie, réduisant notre capacité naturelle à résister aux maladies ou notre capacité d'évoluer et de nous entendre les uns avec les autres. 

Au-delà de l'an 3000, les choses pourraient empirer, avec l'apparition éventuelle d'individus "qui ont" et d'autres "qui n'ont pas" les caractères requis.

L'humanité pourrait payer génétiquement le prix fort de cette évolution technologique. Gâtés par des prothèses et des membres bioniques, utilisant des gadgets et des produits domestiques toujours plus polyvalents et robotisés, Curry prédit que les humains pourraient finir par ressembler à des animaux domestiques. Plusieurs de leurs facultés comme la communication et l'interaction avec les autres pourraient se dégrader et les émotions comme l'amour, la sympathie, la confiance et le respect pourraient s'affaiblir, les humains devenant moins capables de s'entraider et de travailler en équipe.

Vers l'an 10 000, les humains pourraient avoir un aspect plus juvénile. Les femmes paraîtront plus jeunes et plus attirantes tandis que les hommes subiront un amincissement progressif de leur mâchoire accompagné de la disparition du menton, autant d'évolutions qui transformeront physiquement le visage de l'humanité. Les humains ressembleront de plus en plus à des enfants sous-développés.

Curry estime que la dépendance de la technologie, les progrès de la médecine et l'obsession grandissante pour l'hygiène changeront notre aspect en raison d'une surconsommation d'antibiotiques et d'autres drogues rendant notre système immunitaire plus faible. 

Etant donné que la taille des nourrissons continuera d'augmenter, les mères enceintes devront de plus en plus recourir à la césarienne.

Les progrès dans l'étude du génome et l'ingénierie génétique permettront aux humains de remplacer les brins défecteux de leur ADN et pourraient éventuellement conduire à une uniformité génétique à mesure que l'humanité recherchera la perfection.

Foetus. Document Discover.

Arrivé à ce stade, si les types raciaux seront plus homogènes, les risques de ségrégation et la non mixité sociale peuvent diviser l'humanité.

En effet, Curry estime que dans 100 000 ans, on observera une mutation physique dans l'évolution avec une sélection sexuelle qui divisera l'humanité en deux espèces. Les gens descendants d'une classe génétiquement supérieure seront de plus en plus susceptibles de se reproduire entre eux et de choisir leur partenaire en fonction de critères de santé, de jeunesse et de fertilité. On verra apparaître des individus grands, minces, beaux, intelligents et en bonne santé, et les descendants d'une sous-classe faites d'individus petits, robustes, moins intelligents et en mauvaise santé.

Ce scénario catastrophe qui ne peut laisser personne indifférent, à la fois fascinant et révoltant nous fait prendre conscience qu'en l'espace de 1000 ans, l'humanité peut totalement se transformer sous l'influence de facteurs extérieurs. Cela nous rappelle le roman de H.G. Wells, "La machine à explorer le temps" où le héro rencontre dans le futur une civilisation élitiste, riche et intelligente face aux Morlocks, des animaux horribles et violents travaillant dans les cavernes au profit des premiers.

Certains ont déjà dit que nos ancêtres avaient évolué de cette manière plusieurs fois au cours de l'évolution. Un exemple est le chimpanzé : l'espèce commune est robuste, violente, chasse les singes, alors que le Bonobo est plus intelligent, vit en paix et est un végétarien obsédé par le sexe. Les Australopithèques comprenaient également des espèces graciles et des espèces robustes (A.gracilis et A.robutus). Et ce ne sont pas toujours les plus robustes ou les plus forts qui gagnent la partie mais ceux capables de s'adapter à un changement de situation, les plus agiles ou les plus intelligents, bref ceux qui sont capables d'évoluer.

En guise de conclusion

Quand on réfléchit d'où vient l'Homo sapiens on ne peut que s'émerveiller devant les prodiges de dame Nature, à ces millions d'années d'errance et de conquête qui nous séparent de Toumaï ou de Lucy pour aboutir à la seule espèce d'homme restante.

Mais où notre longue marche nous conduit-elle ? Nul ne le sait et même la thèse d'Oliver Curry reste à démontrer. Nous savons en revanche que notre évolution culturelle est loin d'être terminée et notre évolution biologique est en changement permanent. Depuis l'homme de Néanderthal, la taille de notre cerveau se modifia peu, elle diminua même depuis cette époque. Nous savons aussi que la vitesse des réactions chimiques dans les synapses n'a jamais dépassé un millième de seconde. Il est fort probable que ce temps de réaction n'évoluera pas non plus.

Pour savoir dans quelle direction nous conduit l'évolution et la société, regardons autour de nous. Avec la civilisation, l’éducation toujours plus poussée et la vie en communauté, notre culture devient exponentielle, encouragée par les acquis antérieurs et la sollicitation de l'environnement. Hier notre savoir tenait sur une tablette d'argile, aujourd'hui tellement conséquent il quitte progressivement les livres pour être transposé sur support numérique. 

Au seuil du troisième millénaire, l'homme est redevable à tous ceux et celles qui depuis des générations ont imaginé quel serait son avenir. Aujourd'hui, le progrès est tellement rapide que nos avons du mal à croire ce qu'imagine pour nous les ingénieurs dans 50 ans. 

Dans le monde de l'informatique, on parle de village global relié à des bases de données virtuelles, d'interfaces informatiques souples, de systèmes multimédias omniprésents, etc. 

Malgré son intelligence et sa faculté d'adaptation, l'Homo sapiens sapiens de l'ancienne génération se perd dans ce dédale digital tandis que les plus jeunes, tombés dedans étant petit comme l'on dit, n'y trouvent rien de particulier; cela fait partie de leur quotidien. 

Mais l'Avenir de l'homme avec un grand A, celui qui nous projète réellement dans le futur à l'image du scénario de Curry, celui-là reste indéterminé. Si nous pouvons entrevoir certaines tendances à 20 ou 50 ans (Cfr l'article sur les technologies du futur), toutes les études de prospectives qui se sont projetées au-delà d'une décennie se sont égarées faute d'être réalistes car il y a trop de facteurs politico-socio-économiques qui influencent notre avenir, nous empêchant de poser les repères qui guideront nos pas.

Notre avenir est lié à celui de nos sociétés. A côté des problèmes humanitaires et écologiques qui sortent du cadre de ce dossier, il y a le risque que nous perdions notre identité : si nous acceptons qu'à l'avenir notre savoir soit partagé avec les ordinateurs, que notre mémoire soit stockée sur des substrats protéiniques hybrides carbone-silicium, que nos employés de maison, nos guides ou nos conducteurs soient des robots, il n'y a plus qu'un pas à franchir pour céder la place aux cerveaux artificiels, aux machines. 

Les cybernéticiens affirment qu'il est possible de construire des robots à l'image de l'homme, les fameux androïdes et autres cyborgs. Les biologistes et beaucoup d'autres chercheurs en doute car ils estiment qu'il est peu probable qu'on puisse construire une mémoire et un système de contrôle capables de manipuler ne fut-ce que l'information quotidienne. Ce greffe sur ce problème la prise de décision, le langage, la locomotion, la reconnaissance des formes, et bien d'autres subtilités propres à notre espèce, autant d'actions "réflexes" que nous exécutons quasi instantanément et que l'on voit mal fonctionner au même rythme dans une machine. Mais c'est sans compter avec les ordinateurs quantiques dont les performances théoriques nous laissent rêveur.

Trois indicateurs de l'orientation informatique de notre civilisation : la réalité virtuelle, le village global (Internet) et la robotique (DER2 de Kokoro) avec ses androïdes domestiques au réalisme étonnant.

Si l'informatisation du village global de demain se limite à des tâches routinières, dangereuses ou est susceptible de nous rendre service dans la vie privée ou professionnelle et en corollaire d’améliorer notre niveau de vie, il n'y a pas à hésiter et son introduction est la bienvenue comme signe du progrès tant que nous préservons notre liberté. Il y a danger en revanche si notre éthique ou nos droits sont bafoués.

Une chose est certaine, si un robot à l'image de l'homme voit le jour dans un lointain avenir, c'est tout le concept de la société qui sera bouleversé. Il sera grand temps de s'inquiéter et de demander aux responsables à qui appartient la prise de décision.

Un jour ou l'autre l'homme vivra sur la Lune, sur des mondes plus reculés encore ou dans des colonies spatiales et s'envolera peut-être un jour vers les étoiles à la recherche d'un nouvel havre de paix et d'une nouvelle terre à conquérir. Il sera bientôt un extraterrestre et trouvera certainement là haut tout ce dont il a besoin. 

S'il n'est peut-être pas le seul à sonder l'univers, il est le seul qui ait conscience de la fragilité de son existence et qui puisse disposer de son destin. Il ne peut compter que sur sa sagesse pour assurer son avenir.

Pour plus d'information

Articles publiés sur ce site :

L'évolution des systèmes vivants (Darwin et consorts)

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L'espérance de vie d'une société

Les robots

La vie sous toutes ses formes (IA et cyborgs)

La faculté d'adaptation (milieux extrêmes)

La biodiversité

Les extinctions de masse

Sites webs :

Museum National d'Histoire Naturelle (F)

L'homme préhistorique (préhisto)

National Museum of Natural History (USA)

Modern Human Origins

Pangea Institute

Census (statistiques)

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