|
|
L'origine et l'avenir de l'Homme L'homme de Néandertal et les premiers Européens (IV) Au fil des générations, les millions d'habitants qui peuplaient la Terre à l'époque de l'Homo erectus se sont lentement dispersés dans toute l'Afrique, le Sud de l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie à la recherche de nouvelles terres, peut-être poussés par l'envie de conquête ou d'aventure, un climat plus doux ou des terres plus fertiles. Les plus anciennes variétés de types pré-Néandertaliens ou préhominiens existaient déjà il y plus de 250000 ans et s'installèrent principalement dans la partie Ouest de l'Asie. Cette espèce s'éteignit il y a 29000 ans durant l'âge du paléolithique inférieur de l'époque Pléistocène. L'homme de Néandertal se sépara de ses ancêtres Homo erectus il y a un peu plus de 100000 ans et s'établit en Europe. Le premier squelette fut découvert dans la vallée de Néander en Allemagne. Ces hommes survécurent jusqu'il y a 36000 ans environ, époque vers laquelle nous retrouvons les dernières traces de l'homme de Néandertal en France, à Saint-Césaire [5]. Un seul groupe survécut en Tchécoslovaquie jusqu'il y a 26000 ans. C'est à cette époque que l'homme de Cro-Magnon apparut. Les deux espèces, Néandertal et Cro-Magnon ont donc vécu côte-à-côte plusieurs milliers d'années.
De son côté l’homme de Rhodésie, découvert en 1920 est considéré comme le plus ancien Homo sapiens et est daté d’environ 135000 ans. Il a été comparé à l’homme de Néandertal européen. L'homme de Néandertal mesurait environ 1.65 m et sa boîte crânienne est 10% plus volumineuse que celle de l'homme moderne. L'homme de Néandertal fut le plus robuste des hommes. Et il le fallait pour débusquer les fauves les plus féroces jusque dans leur tanière et oser s'attaquer aux ours des cavernes ou aux mammouths. Véritables "homme des bois" à la carrure et la démarche imposantes, quoi qu'on en dise, les hommes de Néandertal étaient adaptés à leur environnement. Il ne faut pas oublier qu'ils vécurent plus de 200000 ans - 6 à 7 fois plus longtemps que notre espèce - et essentiellement dans des conditions climatiques très difficiles, subissant les effets du refroidissement de l'âge interglaciaire : humidité, vents glacés, neige et intempéries étaient leur menu quotidien. Même s'ils ont disparu, il faut leur reconnaître une adaptation remarquable dans des conditions hivernales très rigoureuses. Cela revient à nous demander de vivre sous la tente par 0°C habillé de peaux de bêtes et de chasser sous la pluie glacée ou la neige... Seuls quelques Inuits et Indiens de Patagonie pourraient éventuellement soutenir ce régime, et encore, car je ne suis pas certain que leur santé y gagnera. Jusqu'à l'heure actuelle l'homme de Néandertal est l'espèce humaine qui vécut le plus longtemps. Pour l'anecdote, précisons que le portrait de Wilma présenté ci-dessus est basé sur les dernières connaissances que nous avons en biologie moléculaire et en anatomie. On constate notamment que cette femme est rousse et à des yeux bruns (noisettes). Pourquoi n'a-t-elle pas les yeux bleus ? Selon le National Geographic, les dernières recherches suggèrent que l'iris bleu serait issu d'une mutation génétique apparue il y a seulement 18000 ans, donc longtemps après l'extinction des hommes de Néandertal qui commença il y a 28000 ans. A lire : Neandertals, A Cyber Perspective - Krapina (Croatie) The Neanderthal sites (Belgique)
Malgré ses aptitudes hors du commun, on pense que l'homme de Néandertal disparut du fait de son inadaptation au climat, sa spécialisation, y compris peut-être son manque d'immunisation face à certaines maladies apportées par l'homme de Cro-Magnon. Virus, froid et humidité n'ont jamais fait bon ménage. L'homme de Cro-Magnon doit sans doute son expansion à une évolution génétique plus complète certainement, plus souple aussi, rendant son adaptation plus facile sous différents types de conditions climatiques. Mais entre-temps, en Asie, un coup du sort alla bouleverser cette harmonieuse évolution. Quand l'humanité manqua de disparaître il y a 74000 ans Aujourd'hui encore, très peu de paléoanthropologues discutent d'un cataclysme majeur qui décima la majorité de la population humaine à l'époque des hommes de Néandertal et des premiers hommes de Cro-Magnon. Pourtant l'événement ne passa pas inaperçu et laissa d'importantes traces à la fois géologiques et biologiques que l'on ne peut aujourd'hui passer sous silence. En analysant le taux de mutation de l'ADN mitochondrien humain au cours des âges, deux professeurs de l'Université d'Utah, Lynn Jorde, généticien à l'Ecole de Médecine et Henry Harpending, anthropologue, découvrirent que l'évolution de l'homme était passée par un goulot d'étranglement il y a 70 à 80000 ans suite à un phénomène inexpliqué qui, selon toute vraisemblance décima la population humaine au point d'uniformiser le patrimoine génétique actuel. Ayant assisté à l'une de leurs conférences sur le sujet, le Professeur Stanley Ambrose, paléoanthropologue à l'Université de l'Illinois mis en corrélation ce phénomène avec l'explosion du super volcan Toba de Sumatra, un immense volcan qui explosa voici 74000 ans, juste au milieu de l'époque prédite par Jorde et Harpending. Cette super éruption développa autant d'énergie que l'éruption simultanée de 10000 volcans comme le St.Helens, soit l'équivalent de 1000 MT de TNT (environ 67000 fois la bombe d'Hiroshima) ce qui provoqua un hiver volcanique global ! Alors qu'un volcan ordinaire dépasse difficilement la classe éruptive VEI3, la super éruption de Toba fut classée VEI8, la plus puissante, dite "méga-colossale", projetant dans l'atmosphère 3000 km3 de cendre et de gaz, un volume des millions de fois supérieur à celui d'un volcan ordinaire. Il va sans dire qu'un tel événement produit une catastrophe globale, à l'échelle planétaire. Dans les mois qui suivirent, la super éruption aurait entraîné une chute brutale de 3 à 5°C de la température moyenne de la Terre avec des hivers se prolongeant durant 6 ans, durant lesquels la température des régions tempérées chuta de 15°C en été et fut celle des contrées polaires en hiver... Cette catastrophe climatique aurait détruit toutes les récoltes, la majorité des animaux seraient morts de froid et par voie de conséquence, elle aurait précipité la disparition de la quasi totalité des espèces humaines, à l'exception d'environ 2000 individus dont les premiers représentants des hommes de Cro-Magnon, les Homo sapiens européens. Suite à cette catastrophe, à quelques individus près, on peut littéralement considérer que nous sommes issus d'une seule famille d'Homo sapiens. C'est ce que démontre l'histoire de l'ADN mitochondrien. Reportez-vous aux articles sur les extinctions de masse et le super volcan de Yellowstone pour en savoir plus sur la récurrence d'une telle catastrophe. Après avoir survécu à ce goulement d'étranglement, un être à part dans le règne animal est né, l'homme moderne. Aujourd'hui biologistes, ethnologues et paléontologistes pensent que les derniers descendants de cette espèce vivent toujours sur Terre : il s'agit du peuple Bushmen dont les derniers représentants vivent dans le désert du Kalahari en Afrique du Sud. Ils présentent en effet une morphologie primitive et un mélange de traits européens (peau fine, traits fins), africains (cheveux crépu, peau plus ou moins sombre) et asiatique (pommettes hautes des Mongols et yeux en amende des Asiatiques). En observant ces hommes nous découvrons à quoi ressemblaient les plus anciens représentants d'Homo sapiens. Rencontrer ces tribus fait donc honneur à la race humaine et a toujours quelque chose de très émouvant pour toutes les personnes s'intéressant à l'origine des hommes. L'émergence des sentiments humains Heureusement, malgré les avatars du climat, la fin de la période glaciation de Würm (d'origine astronomique) marqua l'époque à partir de laquelle l'homme sortit à proprement parlé d'une lente hibernation. Il ne vivait plus à une époque ancestrale où il était isolé et où seul les plus forts survivaient. Vivant dans des tribus aux rites codifiés; les hommes de Néandertal apprirent à s'unir pour survivre ce qui leur permit de s'épanouir et de traverser les difficultés de la vie. Bien que rustre et parfois un peu "tête brûlée" quand on l'énerve, l'homme de Néandertal cache malgré tout un "bond fond". On sait par exemple qu'il éprouvait de la compassion, au point de subvenir aux besoins d'un vieillard perclus d'arthrite déformante et ayant perdu pratiquement toutes ses dents. Plutôt que de rejeter un chasseur devenu inutile à la collectivité, ils l'ont protégé, lui donnant les produits de leur chasse et mastiquant ou attendrissant les aliments pour lui. Ils protégèrent également les membres handicapés du clan, aidant par exemple dans la vie quotidienne un chasseur amputé d’un bras ou les vieillards à qui on réservait le soin de tanner les peaux de bêtes. A une autre époque, du temps de Lucy ou de l'Homo erectus ils l'aurait laissé mourir de faim. Les contraintes de la survie dans un monde peuplé de mammifères de grande taille (ours des cavernes, félins, bisons, mammouths,...) n'auraient pas permis de prendre en charge les infirmes et risquer la survie de la tribu. A lire : Neanderthal Flute
On se doute aussi qu'il était curieux et chapardeur, et n'hésitait pas à l'occasion à faire des excursions chez son ennemi, l'homme de Cro-Magnon, histoire de lui voler de la nourriture, quelques calebasses ou des vêtements plus beaux que ceux qu'il portait. Mais c'était oublier que Cro-magnon était mieux armé que lui et savait utiliser la sagai et le propulseur mieux que personne. Plus d'une tribu sont revenues de leur "chasse" avec un frère ou un cousin blessé ou mort au combat. Malgré les incantations du sorcier, son corps était là, inerte, et rien ne semblait pouvoir lui redonner vie. Son souffle avait disparu et chacun éprouvait une même douleur, comme si quelque chose leur avait été arraché du fond du coeur. On appela ce sentiment la peine de coeur, le chagrin. Il fallait se résigner à l'enterrer. Mais l’homme de Néandertal croyait-il déjà à l’au-delà ? Rites et cultures Ces hypothétiques lieux où l’on “vit” après la mort se situent tantôt au milieu du Paradis, au milieu de l’océan, au ciel ou dans un “autre monde”, quand la personne ne se réincarne pas. Cette métaphysique se complique lorsque vient se greffer sur ces croyances, les préceptes ou les lois religieuses, les principes éthiques et les doctrines sociales. Les peuples en viennent à tuer par idéologie (croisade, djihad) alors que celui qui tue devrait être condamné à l'Enfer. Dans les gisements de La Ferrassie en France, où vécu l'homme de Néandertal, l’équipe de S.Gideon découvrit en 1965 une pierre tombale (à présent au musée des Eyzies) dans laquelle était gravée une dizaine de cupules, peut-être les signes d’une constellation ou des repères temporels. L'objet remonte au paléolithique moyen. Entre 100000 et 40000 ans, principalement durant la culture Moustérienne, en Europe, au Proche et au Moyen-Orient, l’homme de Néandertal a laissé derrière lui les traces d’une culture philosophique et les preuves d'une attirance pour les pratiques irrationnelles. Il pratiquait des rites magiques, hallucinatoires, le culte des morts et croyait à leur survie. Cela n’est pas étonnant dans la mesure où, rassemblé autour du feu, chacun devait songer à son expérience vécue, aux émotions qu’il ressentait après avoir observé un phénomène extraordinaire ou après avoir perdu son protecteur ou un ami, mais aussi aux sentiments étranges qu’il devait éprouver lors de cérémonies rituelles et occultes.
On retrouve ainsi des collections d’ossements d’ours, de mammouths ou de loups, des marques symboliques sur les objets, mais surtout des grottes funéraires datées de 50 à 60000 ans en Europe (en France, grottes de La Ferrassie, Au Moustier, La Chapelle-aux-Saints), au Proche-Orient (en Israël, la grotte de Skhul du Mont Carmel), en Asie Centrale (Teshik-Tash) ou en Crimée (Kiik-Koba). Ces sépultures contiennent non seulement des squelettes de plusieurs Néandertaliens, mais également des trousseaux funèbres : de la nourriture, des objets quotidiens ou des armes ont été déposées auprès des corps, en prévision du voyage et des éventuels combats qu’ils devaient livrer dans l’au-delà. On peut donc en conclure que le défunt restait animé d’une mystérieuse force vitale qui conduisit les vivants à en prendre soin et à célébrer son souvenir, attitude qui révèle les prémices du culte des morts. Les mêmes traditions se retrouveront plus tard en Australie du Sud (Roonka, 18800 ans) lorsque l’Homo sapiens sera parvenu aux antipodes. Entre-temps, la pensée religieuse se structura et les premières grottes-sanctuaires firent leur apparition il y a plus de 30000 ans. Ailleurs, des animaux ont été enterrés et recouverts d’ocre, collectionnés tels des trophées de chasse ou placés dans des niches naturelles de grottes : une antilope au Liban, un ours en Dordogne (F), des restes de feux entourés de crânes de mammouths en Ukraine, etc. Ces rites, que l’on retrouve encore aujourd’hui chez certaines tribus de chasseurs de Sibérie ou d’Amazonie, sont le signe d’une vénération envers les animaux mythiques ou dangereux. Ces ossements devaient servir à des fins divinatoires, mais également comme instrument de magie (gri-gri, talisman) ou simplement fonctionnels, simples parures ou signes de puissance. Il ressort de tout ce que les archéologues et paléontologues ont découvert que l’homme primitif du moustérien se posait déjà d’innombrables questions qu’il tentait de résoudre dans les modestes limites de ses capacités. En enterrant ses morts ou en portant des ossements en trophée, il modifia son comportement intellectuel, développa une nouvelle conception du monde en recherchant une symbiose avec la nature et le monde de l'au-delà. Ces phénomènes forgèrent leurs propres rituels, le sens artistique des “initiés” et la pensée religieuse. Pendant 100000 ans, l’homme n’a cessé d’exprimer sa peur du lendemain, sa relation à autrui, sa joie de vivre, sa soif de savoir, au point de transformer son bagage intellectuel en un acquis spécifique qui contribue à lui donner des caractéristiques génétiques et culturelles que nulle autre espèce ne possède : la parole articulée et la faculté de se projeter dans l'avenir.
La coexistence des espèces La
coexistence des premières populations humaines fut très importante dans
l'histoire de nos origines. Il est probable que les hommes de Cro-Magnon
se sont répandus au détriment des hommes de Néandertal, ces derniers protégeant leurs biens au risque de leur vie.
|
|||||||||||||||||||||||||