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Une façon de vivre propre aux étoiles La vie d'une étoile (III) Au début du XXeme siècle les astronomes étaient conscients qu'il leur manquait une théorie de l'évolution stellaire. C'était à ce point un mystère que les astronomes pensaient par exemple que les étoiles étaient constituées de charbon, seul élément capable à l'époque de soi-disant chauffer une étoile jusqu'à l'incandescence. Ne parlons pas des supernovae et d'autres entités dont l'évolution était alors un mystère. Je vous propose de consulter la page consacrée à l'astrophysique solaire pour connaître les détails de cette passionnante histoire. C'est l'astronome anglais Arthur Eddington qui compris le premier l'importance de la masse dans la vie d'une étoile. Surnommé le père de l'astrophysique solaire, Arthur Eddington publie en 1926 un livre intitulé "La Constitution Interne des Etoiles", un ouvrage de 400 pages que la Presse de l’Université de Cambridge continue d’éditer. Il démontra que le Soleil est une immense boule de gaz au centre de laquelle les noyaux d'hydrogène sont convertis en hélium, phénomène à la source de son rayonnement, seule réaction capable de l'illuminer durant des milliards d'années. Grâce à cette idée géniale et les travaux de Hertzsprung et Russell notamment, les astrophysiciens ont compris que la masse d'un étoile détermine sa vie qui est une lutte entre deux forces opposées : d'une part l'étoile tend à se contracter sous l'effet de sa gravitation, d'autre part la libération de l'énergie tend à la désintégrer, rappelez-vous la loi des gaz parfaits et le principe d'équilibre hydrostatique. Si en théorie nous comprenons l'évolution stellaire, les scénarii que nous allons décrire ne sont que des approximations car bien des détails de cette évolution restent incompris, nous le soulignerons encore et certainement lorsque nous aborderons l'évolution des étoiles géantes et massives. Toutefois, globalement, les valeurs reprises dans ce texte font consensus et ont été validées par des astrophysiciens. Formation de la proto-étoile Ainsi que nous l'expliquerons dans l'article consacré à la naissance du système solaire, sous l'effet de la gravité, tous les corps, des plus gros aux plus petits s'attirent mutuellement avec une force d'autant plus élevée que les corps sont rapprochés (inversement proportionnelle au carré des distances comme le disait Newton). Ainsi, dans une nurserie d'étoiles encore enveloppée dans son cocon de gaz, un nuage dense d'hydrogène et d'hélium envahi de poussières est-il en train de se contracter, exerçant une attraction sur toute la matière. On ignore la raison exacte qui a déclenché ce mouvement de contraction. Il peut s'agir de collisions entre nuages moléculaires, d'ondes de chocs dans les nuages de gaz, des instabilités gravitationnelles, des effets magnétiques ou même l'ensemble de ces phénomènes qui se nouent dans un noeud Gordien qu'il sera difficile de défaire. Quoiqu'il en soit, lentement, à mesure que la force de gravité se renforce, la partie centrale du nuage devient une globule de Bok, une petite nodule sombre et dense de 10 à 15 K, c'est-à-dire à peine plus chaude que l'espace glacial environant. A cette température le nuage de poussières et de molécules (raies CS) mesure entre 300 et 1000 UA, jusqu'à 50 fois la distance du Soleil à Pluton ! Sans interrompre le rythme de sa contraction la globule s'échauffe. Sous l'effet de leur propre gravité, les particules se rapprochent lentement les unes des autres, provoquant une augmentation de la densité du nuage protostellaire et une contraction plus importante de la région centrale. Au début le nuage se contracte rapidement car il est encore froid et l'énergie gravitationnelle des particules est libérée immédiatement. Elle se transforme en chaleur dont 50% sont dissipés sous forme de rayonnement thermique. A lire : Circumstellar Disk Learning Site
Etant donné que la gravité est plus forte au centre du nuage (loi de Newton), la partie centrale se condense plus rapidement et libère plus d'énergie que les régions plus éloignées. En conséquence, le centre devient relativement plus chaud et plus brillant que les régions périphériques. A leur tour les zones extérieures se regroupent en fonction de leur densité et des poches de gaz commencent localement à se contracter. Le nuage grandit et devient suffisamment dense pour être opaque à son propre rayonnement. Le nuage atteint maintenant une température de 40 K et est devenu quatre fois plus petit; il s'étend sur quelque 150 UA. D'autres composantes telle le cyanoacétylène (HC3N) ne participe pas beaucoup à cet effondrement et reste confinée à grande distance. Observé dans cette raie, le nuage peut s'étendre sur près de 3000 UA ou 0.05 années-lumière ! Parfois il atteint la démesure et s'étend sur plusieurs années-lumière ! Dans ce cas on ne parle plus de système stellaire en gestation bien que ce type de nuage contienne une nurserie de jeunes étoiles mais plutôt de nuages moléculaires géants.
A mesure que le temps s'écoule, sous l'effet de la force centrifuge et des mouvements d'accrétion, le nuage va se mettre en rotation, prenant la forme d'un disque contenant des zones concentriques. Parfois mais c'est très rare, ses parties extérieures prennent une forme spiralée comme dans le cas du système AB Aurigae présenté à gauche. Tous les éléments de ce disque ne gravitent pas non plus nécessairement dans le même sens. Ainsi dans le cas du système protostellaire IRAS 16293-2422 (IRAS 1629 A, ci-dessous) situé dans Ophiuchus, le disque extérieure tourne dans le sens horloger tandis que la partie centrale tourne dans le sens anti-horloger également appelé le sens direct. La masse de la partie centrale est estimée à 1.4 M¤. Etant donné que ce disque contient suffisamment de matière pour former des planètes, on peut prédire que si celles-ci parviennent à se former, elles ne tourneront pas toutes dans le même sens. Notons que les radioastronomes ont également découvert des traces d'éléments organiques relativement lourds dans ce système, notamment des molécules de cyanide éthylique (CH3CH2CN), de formate de méthyle (CH3OCHO), d'acide formique (HCOOH), de monoxyde de silicium (SiO) et des isotopes du monoxyde de carbone (CO). La dimension de ces disques protoplanétaires varie entre 2 et 10 fois celle du système solaire. La plupart des disques confirmés entourent des étoiles âgées de 1 à 500 millions d'années seulement et contiennent suffisamment de matière pour former chacun entre 5 et 10 planètes de la taille de la Terre.
Nous pouvons observer des proto-étoiles non éclairées en train de se contracter dans les nuages proches des bras spiralés de la Voie Lactée : elles apparaissent comme de sombres globules de Bok et de proplydes, abréviation anglaise de “disque protoplanétaire”, dans les régions brillantes de gaz et de poussières qui les entourent. Les plus représentatifs ont été découverts dans la région centrale de la nébuleuse d'Orion M42, au sein de la nébuleuse M16 de l’Aigle, de la Rosette, de la nébuleuse du Trèfle M20 dans le Sagittaire, autour de Fomalhaut dans le Cygne, HL Tauri et ß Pictoris. En fait l'hydrogène dessine les bras de la Voie Lactée et d'une grande majorité des objets du ciel profond, des nébuleuses, des galaxies et d'autres entités plus étranges encore. Grâce aux satellites IRAS, ISO (0.60m) et surtout Spitzer (0.85m), c'est une véritable nurserie d'étoiles que nous découvrons lorsqu'on sonde les régions brillantes de notre Galaxie dans l'infrarouge lointain. En quelques millions d'années, l'énergie dissipée par la contraction gravitationnelle produit une élévation substantielle de la température interne de la proto-étoile. En vertu de la loi des gaz parfaits, sous la pression engendrée par le noyau, les zones les plus éloignées bouillent follement et s'étendent. L'énergie rayonne vers la surface, l'étoile grossit et sa luminosité augmente. Les zones marginales, loin des foyers nucléaires se refroidissent et l'étoile apparaît d'un éclat rouge terne et froide dans l'espace, entourée de nuages gazeux résidus du nuage protostellaire. Réellement froide car la température effective n'atteint même pas 1600 K, équivalente à celle d'une étoile brune. Mais ne nous fions pas aux apparences car notre proto-étoile de masse solaire est promue à un avenir radieux.. Il faudra encore attendre quelques million d'années pour que le coeur de la proto-étoile monte en température et que sa température supercielle double. Replaçons à présent cette proto-étoile dans le diagramme HR. Si nous prenons le cas d'une étoile de type solaire, au moment de sa naissance, la proto-étoile présente une luminosité globale qui peut atteindre 5000 fois celle du Soleil. Durant les premières années de sa vie, alors qu'elle n'est pas encore parvenue à maturité, son rayon peut atteindre 50 R¤ mais il est assez mal délimité. En l'espace de quelques millions d'années son noyau va atteindre une température de 150000 K et elle présentera une température effective (en surface) d'environ 3500 K. Sa couleur est déjà rouge et son spectre équivalent à une classe spectrale M mais à laquelle elle n'appartient pas encore étant juvénile. A cet instant la proto-étoile rayonne encore 100 fois plus d’énergie que le Soleil actuel ! Si cette proto-étoile présente une masse au moins égale à 8% de celle du Soleil, soit 84 fois plus massive que Jupiter, elle mettra environ 10 millions d'années pour atteindre la phase dite Pré-séquence principale. Pendant cette période sa luminosité va diminuer d'un facteur 4 mais sa température va continuer d'augmenter suite à la contraction de son noyau et la libération d'énergie. A ce stade de son évolution, la source de son énergie est encore purement gravitationnelle. Mais qu'arrive-t-il si l'étoile n'atteint pas les 8% de masse solaire et ne parvient pas à atteindre le seuil de la Pré-séquence principale ? Comme des organismes dégénérés, certaines étoiles n’atteignent jamais la maturité. A partir de 1980 en effet, on découvrit autour de plusieurs étoiles doubles des compagnons massifs, dont la masse était comprise entre 1 et 80 fois celle de Jupiter. Des analyses minutieuses effectuées aux moyens de détecteurs infrarouges (CFHT d’Hawaii, Palomar, IRAS, HST) révélèrent qu'il s'agissait en fait d'étoiles n'ayant pas la masse suffisante pour amorcer les réactions thermonucléaires. Elles émettaient en fait un rayonnement provoqué par la contraction de leur noyau. Leur masse, inférieure aux 0.08 M¤ requises pour créer les plus petites étoiles, leur permettait seulement d'émettre un peu de chaleur. Leur température effective oscillait entre 750 et 1400 K. L'astronome américaine Jill Tarter dénomma ces étoiles ratées des naines brunes.
C'est ainsi que plusieurs équipes d’astronomes découvrirent indirectement plusieurs naines brunes : Gliese 229B, Gliese 623, Gliese 570D, ZZ Piscis (GC 29-38), l'étoile Van Biesbroek 8B, etc. Certaines gravitent autour d'étoiles naines, blanches ou rouges. Ce sont ces indices indirects qui incitèrent les astronomes à rechercher des systèmes planétaires et des exoplanètes autour des sources infrarouges et de se demander si finalement la plus grande partie de la masse cachée de l’univers n’était pas constituée d’astres obscurs semblables à ceux-ci. Mais on voit mal des exoplanètes par milliards vagabonder en dehors des étoiles. Ceci dit, la recherche sur la matière et l'énergie sombre se poursuit et fait l'objet d'âpres discussions dans le petit monde de la cosmologie qui touche à l'infiniment grand tout en manipulant des entités appartenant au monde de l'infiniment petit. Entre la taille et la température des étoiles naines brunes et des planètes il existait assez de place pour insérer une nouvelle catégorie d'astres, les planémos. C'est un anglicisme proposé en 2003 par l'astronome Gibor Basri de Caltech à Berkeley (où travaille également Michael Brown) formé à partir des mots "Planetary-mass objet" signifiant objet de masse planétaire. Selon la définition de Basri, un planémo est "un objet [arrondi par sa gravité] qui n'a pas atteint la fusion de son noyau au cours de son existence". Une planète est donc un planémo mais l'inverse n'est pas toujours vrai. Cette définition n'a donc rien à voir avec la définition d'une planète ou d'une étoile mais elle reste imprécise. Le terme et la définition de planémo ont été proposés à l'UAI. Avant de les accepter elle amendera certainement cette définition afin d'éviter les confusions. En attendant, certains astronomes préfèrent continuer à les appeler des étoiles naines brunes.
Parmi les planémos récemment découverts, citons Cha 110913-77344 découvert par le télescope spatial Spitzer dans la constellation du Caméléon. Il fut considéré originellement comme la plus petite étoile naine brune découverte à ce jour. Il s'agit d'un planémo 8 fois plus massif que Jupiter et âgé de 2 millions d'années. Il est entouré par un disque de poussières. Cet objet massif se situe à 500 années-lumière. Plus étonnant, en août 2006, un couple de planémos ont été découverts dans la constellation d'Ophiuchus (l'ancien Serpentaire) grâce au télescope NTT de l'ESO installé à La Silla, au Chili. Baptisés Oph 162225-240515 (Oph 1622) le couple de planémos est situé à 400 années-lumière. En 2006, au moins 6 planémos ont été découverts dont la masse oscille entre 5 et 15 fois celle de Jupiter. Revenons à présent si vous le voulez bien à l'évolution des véritables étoiles. Prochain chapitre La phase Pré-séquence principale
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