La biodiversité

Notre assurance-vie (I)

Une grenouille Agalychnis callidryas. Des dizaines d'espèces de grenouilles sont en voie d'extinction. Pourtant, en les étudiant nous pourrions notamment mettre au point de nouveaux antibiotiques.

Regardez cette grenouille ! Une pure merveille de la nature. C'est une Agalychnis callidryas ou grenouille arboricole aux yeux rouges. Elle vit surtout dans la jungle d'Amérique centrale. Heureusement que le texte la sépare du papillon, sinon elle n'en ferait qu'une bouchée ! (appuyer sur 'Esc' pour arrêter les battements d'ailes du papillon).

Cette grenouille peut mesurer jusqu'à 8 cm et compte parmi les amphibiens les plus recherchés par les amateurs. C'est un reptile nocturne et carnivore, comme toutes les grenouilles. Voici son croassement. Cet amphibien voit sa population varier du fait qu'il n'a pas toujours l'occasion de trouver de partenaire sexuel.

Cette espèce n'est pas menacée mais l'état de son biotope devient préoccupant. Moins il y aura de forêt pluvieuse, moins il y aura de grenouilles aux yeux rouges. La jungle abrite des centaines d'espèces aussi jolies que celle-ci. Leur survie ne dépend donc que de nous.

La protection de l'environnement, le respect et la bonne gestion des différentes composantes des biocénoses (les communautés d'organismes) et des biotopes (les milieux) vont de paire avec la sauvegarde de la biodiversité.

"Biodiversité" est un néologiste créé par la contraction des mots "biologie" et "diversité". Il est synonyme de variété du monde vivant, il représente sa richesse. Ce terme est généralement utilisé pour définir la richesse d'une communauté écologique, la variété des espèces ou leur abondance relative.

Le rôle de la biodiversité dans les écosystèmes (association d'une biocénose et d'un biotope) était encore très mal connu au début des années 1970 et seuls quelques biologistes, botanistes et entomologistes se rendaient compte de toute l'importance que représentait ce concept.

Aujourd'hui son importance est reconnue et il ne fait aucun doute qu'elle participe à la sauvegarde des écosystèmes et de notre propre espèce. Essayons de comprendre à quel point la biodiversité est importante dans l'équilibre de la Terre.

Une grenouille Agalychnis callidryas. Des dizaines d'espèces de grenouilles sont en voie d'extinction. Pourtant, en les étudiant nous pourrions notamment mettre au point de nouveaux antibiotiques.

Gaïa, aussi fragile que sa biodiversité

La notion de "biodiversité" est née en 1986. Le célèbre entomologiste Edward O. Wilson, spécialiste mondial des fourmis écrivit le compte-rendu du 1er forum américain sur la diversité biologique organisée par le National Research Council.

L'un des experts de ce forum lui conseilla de remplacer le terme "diversité biologique" par le néologisme "biodiversité", dont l'impact médiatique semblait plus efficace. Le choix fut judicieux. La biodiversité est aujourd'hui dans la bouche de toutes les personnes sensibilisées par l'extinction des espèces et représente notre assurance-vie. En effet, Gaïa, dépositaire de la vie, est comme un arbre ou une maison qui subit le passage du temps : sans ses racines, sans fondations, elle ne résisterait pas. Sans biodiversité, la Terre n'a aucun avenir.

La biodiversité des espèces vivantes et de leurs caractères génétiques sont définis par trois niveaux de complexité :

- 1. la biodiversité écosystémique caractérise la diversité globale des biocénoses et des biotopes

- 2. la biodiversité spécifique caractérise la diversité des espèces

- 3. la biodiversité génétique caractérise la diversité des gènes au sein d'une espèce.

1. La biodiversité écosystémique

Les différentes espèces composant un écosystème interagissent et dépendent l'une de l'autre, un flux d'actions et des rétroactions (feedback) affectant toutes les communautés. 

L'homme peut difficilement bouleverser tout un écosystème mais grâce à sa technologie il peut malgré tout le modifier de manière permanente à l'échelle régionale (50000 km2), notamment en construisant des barrages hydrauliques plus vastes que la Belgique. Dans le cas du barrage des Trois Gorges construit sur le Yangtsé, en Chine, l'homme a détruit à la fois la biocénose et le biotope de millions d'individus représentant quelque 5000 à 7500 espèces d'organismes qui vivaient jusque là en symbiose !

2. La biodiversité spécifique 

C'est la diversité la plus visible, celle que l'on voit autour de nous dans diversité des espèces. Elle est maximale dans la jungle des forêts tropicales (milieu terrestre) et les récits coralliens (milieu marin). On dénombre actuellement dans le monde entre 1.4 et 1.8 millions d'espèces animales et végétales connues et nommées, dont la moitié soit 751000 espèces sont des insectes. Il existe 281000 espèces animales et 248000 espèces végétales connues. Par comparaison, il n'existe que 4500 espèces de mammifères. Actuellement, on découvre entre 15 et 17000 nouvelles espèces chaque année, principalement dans le monde des insectes et des invertébrés marins.

Tenant compte des centaines de milliers d'espèces de virus, bactéries, champignons et autres protozoaires, on estime que le nombre total d'espèces vivant aujourd'hui sur Terre oscille entre 5 et 30 millions, on cite même le chiffre de 100 millions d'espèces. 

A côté de cette biodiversité, la seule espèce d'être humain, l'Homo sapiens sapiens, devrait donc relativiser sa préséance même si dame Nature lui offrit le droit à la parole et le dota d'une intelligence dite supérieure. Visiblement nous manquons encore parfois de sagesse pour tirer tous les avantages de ces facultés.

Certaines espèces sont dites "endémiques", c'est-à-dire qu'elles ne vivent que dans une région spécifique et on ne les trouve nulle part ailleurs. C'est notamment le cas du gorille des montagnes, du panda ou du tigre du Bengal. Ces animaux sont incapables de s'adapter et de survivre dans un autre biotope.

Panda Cams : San Diego - Smithsonian - Atlanta - Wolong

L'adorable panda géant (Ailuropoda melanoleuca), logo du WWF. C'est une espèce en voie d'extinction; il n'en reste qu'environ 1600 dans le monde, essentiellement dans l'Ouest de la Chine et bien sûr dans quelques parcs zoologiques. Quelques uns se reproduisent en captivité. Le panda géant figure en Annexe I de la CITES. Documents Fei Fei Li, Kevin Connors, Giant Panda et PC Paradise.

Dans le cas du panda géant, emblématique des espèces en péril, ce gros nounours ne se nourrit que de jeunes pousses de bambou (près de 40 kg par jour) que l'on ne trouve que dans les forêts fraîches et humides des hautes montagnes sub-alpines situées à l'Ouest de la Chine. Sa survie comme celle de toutes les espèces endémiques est conditionnée par la conservation de leur biotope. De plus, dans le cas du panda géant, il migre en été vers les zones d'altitude et n'aime pas la proximité des hommes. Il ne se reproduit qu'entre mars et mai, encore faut-il que tous les individus trouvent un partenaire et suffisamment d'espace pour vivre. Enfin, il est victime de braconnage, autant de causes qui ont provoqué la chute de sa population.

Aujourd'hui le WWF en collaboration avec le Ministère chinois de la Forêt construisent 14 réserves pour y préserver les derniers pandas et aménagent 5 couloirs pour relier entre eux les derniers habitats.

Le rôle du WWF et de la CITES

L'exploitation intensive des ressources et en particulier des forêts et la mainmise de l'homme sur les biotopes vierges a contribué à l'extinction quasi totale des espèces endémiques qui par ailleurs présentent souvent un taux de fécondité très faible.

S'ajoute à cette exploitation intensive des ressources naturelles, le braconnage et le commerce illégal de la flore et des animaux sauvages. Chaque année ce commerce rapporte 40 millions d'euros aux trafiquants.

Dans le but de contrôler le commerce des espèces et de protéger celles en voie d'extinction, la Convention de Washington est entrée en vigueur le 1er juillet 1975. On la connaît également sous le nom de CITES, la Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et de flore sauvages Menacées d'Extinction. En complément, TRAFFIC, un programme commun du WWF et de l'Union Mondiale pour la Nature (IUCN) veille à ce que le commerce des espèces sauvages ne menace pas leur état de conservation.

A consulter : les Annexes I, II et II de la CITES

La liste des espèces menacées d'extinction par le commerce international et protégées

Dans l'air, sur terre ou dans la mer c'est le même constat : les espèces disparaissent. Malgré leur imposante stature, voici trois espèces menacées d'extinction : un aigle impérial qui vit dans le Sud-Ouest de l'Europe, le tigre du Bengal et un très impressionnant Mola mola ou poisson-lune que l'on retrouve dans toutes les mers mais en particulier au large de Baja California. Comme dans toute organisation, si nous décapitons la tête (les super prédateurs), tout le système est désorganisé et court à la catastrophe. C'est ce qui est en train de se produire sur Terre. Documents Valery Moseykin/Oiseaux.net, Exzooberance et Phillip Colla.

Toutes les espèces endémiques font aujourd'hui partie des espèces en voie d'extinction et sont listées à l'Annexe I de la Convention CITES dont voici les critères

D'autres espèces, telle la baleine (petit rorqual) devraient y figurer, mais le Japon et la Commission Baleinière Internationale s'y opposent sous des prétextes pseudo-scientifiques. Bientôt ce sera le tour des phoques vivant dans les eaux du Canada qui perdent leurs territoires de reproduction en raison du réchauffement climatique (la banquise disparaît et les jeunes se noient) et de la chasse cruelle dont ils font l'objet. Consultez l'article suivant pour plus de détails sur la chasse aux bébés phoques.

Voyons à présent la troisième forme de diversité, la biodiversité génétique. Si vous faites votre marché, vous la connaissez également très bien.

Prochain chapitre

La biodiversité génétique

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