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Il enregistra des doses de césium-137 pouvant atteindre 100000 Bq/kg de matière sèche (donc dix fois moins si on parle de champignon cru). Le temps que les autorités vérifient l'information, il s'écoula plus d'un mois, le mal était fait ! Les cartes compilées par la Commission européenne et disponibles sur leur CD Caesum Atlas indiquent qu'en moyenne la Belgique fut exposée à une dose maximale de 2000 Bq/m 2.10 ans après Tchernobyl, les experts du Centre de Mol et de l'Université de Gand relevèrent dans les aliments crus une contamination oscillant entre 500 et 6610 Bq/m 2 (près de Tintigny en Ardennes). 20 ans après l'accident, la radioactivité résiduelle sur le territoire belge est redevenue quasiment négligeable sauf dans certaines baies, champignons et gibiers sauvages comme indiqué dans le tableau présenté ci-dessous.A lire sur la surveillance radiologique des aliments : Rapports de synthèses des données de la chaîne alimentaire (B, AFCN)
A titre d'information, selon l'institut BELRAD, une ONG ukrainienne de surveillance et d'étude des radiations, le niveau de contamination affecte l'organisme d'un enfant à partir de 50 Bq/kg et 3 ou 4 fois cette valeur pour un adulte. Mais il s'agit d'une valeur exprimée en équivalent "poids vif d'enfant ou d'adulte" si on peut se permettre cette expression. En effet, le facteur de transfert de l'aliment cru à l'animal ou à l'homme est, dans le cas du césium, de l'ordre de 0.05 Bq/kg par Bq/jour (et de 2 kg/jour pour un adulte). En première approximation, on peut donc diviser par 10 ou par 20 les valeurs relevées dans les produits crus contaminés pour pouvoir les comparer avec les seuils européens fixant les seuils pour des aliments ingérés. En pratique, en Belgique certains gibiers (vifs ou crus) contiennent encore jusqu'à 123 Bq/kg. Il faut donc diviser cette valeur par 20 (0.05 Bq/kg) si l'aliment doit être consommé par un enfant. A raison de 100 gr par repas, pour atteindre 50 Bq/kg un enfant doit en manger au moins 80 fois par an et un adulte pratiquement tous les jours ! Nous sommes donc dans des valeurs de contamination tout à fait négligeables (je n'ai pas dit pour autant inoffensives à long terme) et de 10 à 10000 fois plus faible qu'en Bélarus. Si on tient compte de ce facteur de transfert entre l'aliment cru et celui consommé, on comprend mieux l'avis de l'AFCN qui conclut dans son dernier rapport 2004 "en l'absence de toute radioactivité artificielle significative dans les denrées analysées. Une approche pessimiste, donc conservatrice, confirme ces résultats". Contamination de l'environnement Ainsi que nous le rappellerons à propos de la protection civile, il n'existe pas de césium radioactif dans la nature car c'est un produit de la fission nucléaire. En théorie, la concentration de l'air et des aliments en césium-134 et césium-137 est nulle, "rien, zéro, nada" comme me le confirma un ingénieur agronome membre de l'AFCN. Les activités militaires ont toutefois introduit dans l’atmosphère des quantités importantes de césium-137 qui sont retombées en plus grande quantité dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud et, dans les deux hémisphères, avec un pic situé aux latitudes moyennes (40-50°N). Disons-le clairement, nous avons tous été contaminés par les retombées des activités nucléaires militaires en atmosphère. Que ce soit après l'explosion d'une bombe ou d'un accident comme celui de Tchernobyl, les retombées sont toujours plus intenses avec les pluies qui entraînent vers le sol toutes les poussières radioactives en suspension dans l'air que par dépôt sec. Aussi, quand on mesure la radioactivité après de tels événements, une pluie qui se manifeste dans les jours qui suivent comme ce fut le cas en Belgique et en France début mai 1986, peut contribuer à une certaine hétérogénéité des mesures. Dans les années 1960, la contamination globale des sols en Belgique et dans toutes les régions situées aux mêmes latitudes était de l’ordre de 0.1 Ci/km2 soit environ 4000 Bq/m2. En 1986, juste avant les retombées du nuage de Tchernobyl, on relevait encore près du Centre de recherches de Mol une activité résiduelle de 2000 Bq/m2, valeur moyenne confirmée dans l'atlas Caesium de la C.E. Maintenant il faut s'entendre sur les relevés effectués après Tchernobyl. On ne peut pas prendre son détecteur, mesurer la radioactivité et si la valeur dépasse le seuil de radiotoxicité, conclure que nous sommes en danger de mort et critiquer gratuitement l'avis des experts. Il faut savoir de quoi on parle - c'est un minimum - et connaître notamment les effets induits par l'environnement : les conditions atmosphériques, le feuillage et le relief ainsi que le degré d'absorption des différents organismes et des sols.
En
Belgique, la radioactivité atmosphérique a été très efficacement
rabattue au sol par les pluies, surtout dans
une bande allant de l'est d'Anvers à l'ouest d'Arlon où les nuages
étaient plus nombreux. Il est donc normal que certains endroits
présentaient en 1986 une contamination importante. En effet, en fonction
du relief du terrain, des dépôts contaminés ont pu
s’accumuler dans les dépressions ou les cuvettes, y compris dans
le bas côté des routes et dans les gouttières. En forêt tout agronome sait
que les arbres sont connus pour être de bon capteurs de polluants atmosphériques.
Après le dépôt de poussière contaminée sur leurs feuilles, les pluies les ont
lessivés, ramenant à leur pied la radioactivité du feuillage. Dans les mois
qui suivirent, les arbres ont absorbé la radioactivité du sol par leur
racine et l'ont transférée au niveau des feuilles à travers les montées de
sève où une partie fut "exsudée" en surface par les stomates. A nouveau,
les pluies ont lessivé le feuillage et l’eau s’écoulant le long des ramures et
du tronc a finit par concentrent la radioactivité au pied de l’arbre. Une situation
comparable peut être attendue lorsqu’une gouttière déverse directement sur le sol les
eaux de pluies collectée sur le toit, créant localemrnt un amas de détritus
et favorisant le développment des mousses. Les biologistes et les agronomes ont ainsi identifié des endroits propices à l’accumulation des radiocésium et mesuré des concentrations très élevées dans le sol. Les mauvaises langues diront que les Ecolos pourraient faire leurs prélèvements à ces endroits. Objectivement, vous reconnaîtrez que ce genre de valeur n'est pas représentatif de la contamination du territoire dans son ensemble. Selon les agronomes de l'AFCN, des valeurs de plusieurs dizaines de milliers de Bq/m2 sont difficilement acceptables par rapport à d’autres valeurs mesurées dans la zone la plus contaminée de Belgique (voir le Caesium Atlas de la C.E.) parce que la contamination de l’atmosphère et la densité de pluie dans cette zone n’ont pas pu engendrer de tels écarts. Quant aux champignons et au gibier contaminé à cette époque, il est incontestable que même à l’heure actuelle, ces produits restent plus contaminés que d’autres denrées alimentaires parce qu'ils se développent dans des écosystèmes où le césium conserve avec le temps une plus grande disponibilité biologique par rapport aux cultures et aux produit d’élevage. Les baies sauvages sont également connues, pour la même raison, pour accumuler plus de radioactivité que les groseilles de votre jardin (à dépôt au sol égal). Maintenant, cela ne dit pas quel est le niveau de radioactivité dans ces produits qui a très fortement décru depuis 1986 (la concentration en Cs-137 est globalement divisée par 5 ou par 10 tous les 10 ans). Pour les escargots en revanche que vous et moi pouvons récolter en forêt, je n'ai pas trouvé de données à leur sujet. Mais ici également, à l'image des fruits sauvages, on peut estimer que ce n'est pas en mangeant 20 "petits gris" chaque année qu'on attrapera un cancer. En guise de conclusion L'accident de Tchernobyl a marqué les esprits et encore aujourd'hui, plus de 20 ans plus tard, je suis certain que sur un marché, chacun de nous se demande encore s'il ne vaut pas mieux acheter un aliment du terroir ou fabriqué chez nous plutôt qu'un produit concurrent venant de Lithuanie ou de Mer Noire (par ex. le surumi, du poisson ou du miel). Ce réflexe de survie est naturel même s'il est parfois mal interprété sous la pression médiatique ou des idées préconçues. En attendant, nous devons continer à vivre et dans la majorité des cas, il est heureux de constater que la contamination de l'environnement est redevenue très faible, identique à ce qu'elle était quelques années avant Tchernobyl, sauf dans quelques aliments particuliers. Maintenant, le problème du nucléaire reste entier et Tchernobyl a donné une bonne leçon aux pronucléaires et renforcé encore un peu plus le sentiment des antinucléaires qui ont à présent un argument de poids en leur faveur. Mais connaissant l'homme, je ne suis pas certain que cette leçon restera dans la mémoire des décideurs très longtemps. Par ailleurs, vu le prix toujours plus élevé de l'essence et du mazout, dans un sondage réalisé en mai 2006 pour le journal "Le Soir", 60% de la population belge est en faveur du nucléaire, cette énergie étant meilleur marché que le pétrole à capacité énergétique équivalente. Même si c'est une attitude très peu écologique, l'énergie nucléaire permet à la population de réduire sa facture d'énergie de manière très sensible. Rappelons toutefois qu'il existe d'autres énergies alternatives moins polluantes et encore meilleur marché tel le gaz. On en reparlera certainement lorsque l'Europe et les différentes nations membres distribueront leur prochaine enveloppe budgetaire sur l'énergie. Nous verrons également en 2015 ce que fera la Belgique, si elle décide ou non d'abandonner le nucléaire. En tout cas, en 2007, elle avait décidé de réduire ses investissements dans l'énergie nucléaire. Aujourd'hui, en Europe, seule la France reste résolument pronucléaire. Pour approndir cette question, je vous invite à lire l'article Pour ou contre l'énergie nucléaire ?, car il est probable que certains lecteurs peuvent encore trouver un intérêt à utiliser cette énergie malgré ses inconvénients. Dans cet article qui se veut objectif et ne présenter que les faits, je discute de l'attitude que nous devons adopter envers cette source d'énergie. Pro et antinucléaires s'opposent sur ce terrain sensible depuis des décennies, les uns encouragés par l'AIEA, les autres par les mouvements écologiques. Qui faut-il réellement croire et pourquoi ? Quel est l'état de la sécurité de nos centrales, quel rôle joue le Parlement européen, y a-t-il des plans d'urgences, cherche-t-on à diminuer les risques et qu'en pensent les experts indépendants ? Telles sont quelques questions parmi d'autres auxquelles j'ai essayé de répondre à la lumière des enquêtes les plus récentes et des derniers audits réalisés dans nos centrales. Le résultat est consternant sur bien des plans et ne fait que renforcer la conclusion précédente... Je remercie les membres de l'AFCN pour leur collaboration. Pour plus d'information Sur ce site : Mesure de la radioactivité et protection civile Nucléaire civil : liste des incidents, accidents et délits Les accidents nucléaires militaires Pour ou contre l'énergie nucléaire ? Nucléaire : la transparence muselée, le Figaro, 10 juin 2003 L'accident de Tchernobyl réinterprété par la Pravda Livres et CD sur Tchernobyl ou le nucléaire : Caesium Atlas (CD gratuit de la CE/IGCE. reprenant les dépôts de césium en Europe et les cartes météorologiques) Nuclear Madness : What You Can Do ?, Helen Caldicott, W.W.Norton & Co Inc., 1994 The Woman Who Knew Too Much:Alice Stewart and the Secrets of Radiation, G.Greene, U.Michigan Press, 2001 Ce fameux nuage... Tchernobyl, J.-M. Jacquemin, Sang de la Terre, 2002 Ouvrages en français, en anglais sur Amazon.fr Sur Internet à propos de Tchernobyl : Le rapport TORCH, Greens/ALE, 2006 Tchernobyl, 20 ans après, SCK-CEN, 2006 Tchernobyl, 20 ans après, IRSN, 2005/2006 La catastrophe de Tchernobyl : 15 ans, ONU Naître et grandir après Tchernobyl (témoignages), UNICEF, 2006 Rapports de synthèses des données de la chaîne alimentaire, AFCN, 2004 La contamination des produits agricoles, IRSN Règlement N°.616/2000 du Conseil de l'Union européenne Tchernobyl, évaluation de l'impact radiologique et satinaire, (PDF), AEN, 1996/2002 Les albums photos de Tchernobyl, Progetto Humus Métrologie l'accident de Tchernobyl (PDF), P.Galle et al., 2002 Détail chronologique des événements de Tchernobyl, P.Schmitt OECD Papers Volume 3 Issue 1 (PDF de 1.85 MB, impacts sanitaire et radiologique), OCDE, 2002 Belarus: Health, Medicine and Chernobyl (liens vers des sites Internet) Chornobyl Health Effects Studies, DOE, 2001 Sources and Effects of Ionizing Radiations, Vol II (PDF de 15.7 MB), DOE, 2000 Estimates of the Cancer Burden in Europe from Radioactive Fallout from the Chernobyl Accident, Int'l J. of Cancer, 2006 The Chernobyl catastrophe consequences in the Republic of Belarus, E.F. Konoplya et I.V. Rolevich, 1996 The long road to recovery: Community responses to industrial disaster, UN University Press, 1996 International Agency for Research on Cancer (IARC) Questions au Sénat belge sur le nucléaire, Senate.be Health Physics magazine Sur Internet (généralités) : Nuclear Energy Radiation Protection (législation de la C.E.) Programme IPHECA, OMS Bulletin of the Atomic Scientists Le risque nucléaire, PIM Académie Nationale de Médecine (F) Rocky Mountain Institute (USA) |
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