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Le Soleil radioélectrique Les
radioamateurs passionnés de communications transcontinentales sur
ondes-courtes ont déjà remarqué que sur certaines fréquences décamétriques,
les signaux étaient fortement parasités par la présence du Soleil
au-dessus de l'horizon. La fréquence crépite, il y a du souffle et le
signal s’évanouit par intermittence.
Les
physiciens et les radioastronomes proposèrent alors une hypothèse. On
peut supposer que les éruptions chromosphériques qui donnent naissance
aux flashes brillants en lumière de
l'hydrogène alpha sont des phénomènes
non thermiques, liés à des perturbations
du champ magnétique solaire. Les émissions radios pourraient trouver
leur origine dans la partie la plus raréfiée et la plus chaude de
l'atmosphère solaire, la couronne, où le plasma turbulent accuse les émissions
les plus fortes, les sursauts de type III et IV que nous allons définir
dans un instant.
De
fait, les émissions les plus fortes que l'on détecte sur ondes-courtes
sont générées par des électrons relativistes qui percutent la haute
atmosphère solaire. Celle-ci émet des ondes acoustiques qui provoquent
l'oscillation régulière de la surface solaire avec une période
d'environ 160 minutes. Les émissions les plus calmes proviennent de la
photosphère et témoignent de l'activité des taches. La durée de ces émissions
varie en fonction de la densité du rayonnement (du nombre d'électrons
"e" par mètre cube), et est liée à la fréquence selon la
formule :
nkHz
= 8,97 e-1/2. Mais
un problème se pose pour cartographier l'origine de ce rayonnement. A
l'inverse du rayonnement isotrope à 2.7 K, le Soleil est un objet
ponctuel et la longueur d'onde des émissions radioélectriques qu'il émet
implique que la surface collectrice devient rapidement gigantesque pour
donner une résolution raisonnable de quelques minutes d'arc aux basses fréquences.
La seule solution consiste à utiliser des réseaux interférométriques
pour atteindre une résolution d'une fraction de seconde d'arc
(Observatoires de VLA, VLBI, etc.). Les sursauts radioélectriques L'étude
de l'activité radioélectrique du Soleil a permis de différencier
plusieurs types de "sursauts", chacun pouvant présenter une
activité faible, modérée ou forte : -
Sursauts I
: c'est l'activité des taches solaires qui se manifeste à partir de 2
MHz et dont la période est de l'ordre d'une demi-seconde. Ils peuvent se
présenter en cascades, groupant quelques milliers de sursauts en-dessous
de 200 MHz. -
Sursauts II
: ici apparaissent les éruptions chromosphériques, déjà détectables
à partir de 40 MHz. Ces sursauts dérivent de 0.25 MHz par seconde et
peuvent persister plus d'une minute. Ils peuvent apparaître au-dessus de
200 MHz et dériver lentement jusqu'aux bandes décamétriques en l'espace
d'un quart d'heure. Ils sont en relation directe avec l'activité des
aurores polaires et libèrent une onde de choc dans la couronne qui
progresse à environ 1000 km/s. -
Sursauts III
: entre 20 et 300 MHz, les éruptions chromosphériques s'étendent sur
plus d'une minute, et jusqu'à plusieurs heures vers 20 MHz, perturbant
les communications en ondes-courtes. Ils précèdent quelquefois les
sursauts de Type II sous la forme de petites groupes faiblement audibles. -
Sursauts IV
: ils représentent l'activité des éruptions de la chromosphère. Ils s'étendent
de 80 MHz à 70 GHz durant 1 heure environ. -
Sursauts V
: ils suivent en général les sursauts de type III et durent jusqu'à 3
minutes en-dessous de 200 MHz.
Les radioastronomes connaissent également une
manifestation très commune de l'activité solaire qui se traduit par des
tempêtes de bruits sur les ondes décamétriques et VHF. Elles durent en
général une demi-heure mais peuvent persister pendant la durée du
transit d'un groupe de tache sur le disque solaire. Cette émission
provient des régions proches des centres d'activités et se divise en
deux sources : -
Sous 60 MHz : le
rayonnement est fortement ionisé et contient une multitude de sursauts de
type III. Le minimum d'intensité se situe entre 40 et 60 MHz. -
Entre 60 et 600 MHz : le rayonnement est émis par de petites sources de 2 à 10' de diamètre.
Baignant dans un champ électromagnétique intense, la polarisation du
rayonnement est souvent totale (circulaire) à partir de 100 MHz, dans une
bande de fréquence large de 40 à 60 MHz. Le maximum d'intensité se
situe vers 150 MHz. Cette émission cache des sursauts de type I qui
proviennent de sources plus petites (1 à 5' de diamètre) situées à
l'intérieur des précédentes.
L'activité solaire Ces
tempêtes de bruits seraient produites par le réarrangement du champ magnétique
des régions actives du Soleil. Ces régions sont reliées entre elles par
des boucles magnétiques, s'injectant mutuellement des électrons le long
des lignes de force. Poussés par la pression intérieure, ces électrons
jaillissent dans l'atmosphère solaire en émettant des ondes radios. Ces
tempêtes de bruits sont normalement associées à des groupes de taches
importants arrivés en fin de maturité, mais l'inverse n'est pas toujours
vrai. Ces
activités radioélectriques constituent la manifestation des variations
du flux de l'énergie solaire et leur interprétation permet de définir
le cycle de l'activité solaire. Le passage d'un groupe de taches sur le
disque solaire crée une variation du rayonnement, à l'instar des éruptions.
Connaissant la période de rotation des taches, approximativement évaluée
à 27 jours, nous pouvons anticiper l'activité du Soleil. Ces éruptions
peuvent se répéter tous les mois ou pendant 4 ou 5 rotations solaires,
influençant notablement la propagation radio. Ces éruptions dépassant
le bruit de fond du Soleil calme de plusieurs décibels, il est aisé de
prédire l'apparition des aurores, les éruptions chromosphériques
majeures en attendant le "black-out" radio sur 14 MHz. Sur
les fréquences centimétriques (13 cm), le flux solaire peut dépasser
50000 SFU[1]
si le nombre de taches dépasse 200, alors qu'un Soleil calme sans tache
ne présente à cette fréquence qu'un flux moyen de 200 SFU. Mais ce
rayonnement peut-être plus intense encore, mettant en jeu des protons
dont l'énergie peut-être multipliée par mille par rapport aux rayons
cosmiques, atteignant plus de 10 GeV ! De telles éruptions se comptent
heureusement sur les doigts d'une main au cours d'un siècle. Heureusement
en effet, car de telles éclats se manifestent par des éruptions
ultraviolettes, X et g
capables de modifier l'environnement terrestre.
Pour les satellites en orbite - et plus encore pour les cosmonautes - en-dehors de la protection offerte par l'atmosphère, ces particules sont un véritable fléau. Les protons de plus de 400 MeV sont en effet en mesure d'éroder le matériel, comme les panneaux solaires générateurs de courant, de percer les blindages et d'endommager les mémoires des ordinateurs de bord. Il s'ensuit de nombreux incidents, des perte de puissance et des centaines d'erreurs de calculs. La plupart des incidents sont imputés au passage des satellites dans une zone de radiations baptisée "l'anomalie atlantique sud" (SAA). Il s'agit d'une excroissance des ceintures internes de Van Allen qui entoure la Terre, vers 200 km d'altitude[2]. On en reparlera dans l'article consacré aux défaillances des satellites.
De
tels phénomènes devront être pris en compte si l'on espère un jour
voyager à bord des futurs avions-fusées. C'est la raison pour laquelle
les agences spatiales évitent à tout prix d'expédier quoi que ce soit
dans l'espace lors des grandes éruptions solaires. Les dommages sur
l'homme vont jusqu'à des lésions génétiques.
Lorsque ces particules rapides sont libérées de l'atmosphère solaire, elles se propagent dans l'espace, créant une onde de choc dont la vitesse oscille entre 300 et 1000 km/s. Tandis que les neutrinos atteignent la Terre 8 minutes après l'éruption chromosphérique, il faut attendre 10 à 12 heures pour assister sur Terre aux orages magnétiques, accompagnés des aurores qui représentent la précipitation des particules chargées vers le sol. Le choc des particules de forte énergie (UV, X) sur les atomes de la haute atmosphère, vers 100 km d'altitude, font basculer ces derniers sur des niveaux excités d'où ils retombent en libérant de l'énergie sous forme de lumière visible. Le vent solaire arrive sur Terre environ 2 jours plus tard. La pression ainsi crée sur la magnétopause terrestre est considérable et toute sa structure s'en trouve modifiée. Déjà à ce moment, les communications sur ondes-courtes sont interrompues par intermittence. Peu après, des protons rapides chargés de 3 à 100 MeV arrivent sur les calottes polaires, attirés par le champ magnétique terrestre. Les particules de moindre énergie accentuent alors l'ionisation des couches atmosphériques créant le fading, l'évanouissement du signal pendant les télécommunications. L'effet Forbush Tous ces rayonnements et en particulier les rayons cosmiques échauffent la haute atmosphère, accroissent sa densité et produisent une averse de particules secondaires qui se précipitent vers le sol. Cela peut durer quelques jours. Après une forte activité solaire, après l'émergence d'une protubérance éruptive ou d'une éruption chromosphérique, contrairement à l'intuition on observe une décroissance des doses de rayonnement cosmique connu sous le nom d'effet Forbush. Cet effet paradoxal fut découvert par l'Américain Scott E.Forbush qui étudia les rayons cosmiques dans les années 1930 et 1940.
Comment expliquer ce phénomène ? La raison est en fait assez simple. Quand une région active explose et forme une CME, elle éjecte dans l'espace d'immenses nuages de gaz chauds. Devant l'ampleur de l'explosion, ces masses emportent non seulement du gaz mais également des noeuds de champs magnétiques. Par nature, ces champs de forces dévient les particules chargées (c'est ainsi qu'on identifie également les particules chargées, les rayons alpha et bêta dans les chambres à bulles). Lorsqu'une CME se dirige vers la Terre, elle emporte également des particules chargées provenant des rayons cosmiques. Grâce aux effets déflecteur du champ magnétique, ces particules sont déviées et n'atteignent temporairement plus la Terre. La décroissance dure jusqu'à 24 heures et la remontée se fait en quelques jours comme on le voit sur le graphique présenté ci-dessus. Cet effet est quelquefois appelé "orage cosmique" et il est associé aux orages géomagnétiques qui précèdent les aurores. Nous en reparlerons lorsque nous discuterons du champ magnétique solaire. En pratique, Frank Cucinotta, spécialiste des radiations auprès de la NASA constata qu'entre le 11 et le 18 septembre 2005, l'équipage de la Station Spatiale Internationale ISS avait absorbé environ 30% de rayons cosmiques en moins que durant une journée habituelle; une éruption solaire associée à la région active AR798/808 avait libéré des rayons X et avait paradoxalement amélioré le niveau de radiations à l'intérieur d'ISS ! En Septembre 2005, la décroissance du taux de rayons cosmiques atteignit 21%.
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