Mars, le dieu de la guerre 

Introduction (I)

La dernière planète à l'image de la Terre, dite tellurique, présente dans le ciel un scintillement couleur rouge-sang. Son "errance" devant les étoiles fixes lui valut d'être dédiée par les Grecs au dieu de la Guerre. Plus tard elle fut surnommée la "planète Rouge" et sera même peuplée de Martiens. Nous y reviendrons...

Mars photographiée par Hubble le 25 Février 1995 à 103 millions de kilomètre de distance. Les halos blancs à gauche sont des nuages d'eau de glace. Noter Ascraeus Mons, le point brun à gauche près du limbe. Le Méridien Central se situe à 29°. Document NASA, P.james (U.Toledo) et S.Lee (U.CO).

Mars photographoiée par le Télescope Spatial Hubble en février 1995. L'image est centrée sur Mare Erythraeum et Valles Marineris. 

L'avènement de l'exploration spatiale et le survol de la planète Rouge par une bonne quarantaine de sondes spatiales[1] depuis 1964 ont permis de dresser le véritable portrait de Mars. La seule mission Viking 1 en 1976 rapporta plus de 51000 images. Complétées par les analyses de surface faites jusqu'en 1982 et reprise en 1998 par Sojourner et plusieurs autres robots, cette monumentale collection de données est exploitée dans le cadre du programme Mars Data Analysis de la NASA. Ces informations occuperont les scientifiques durant des années[2].  

Mars vue de l'espace

Mars Global Surveyor

Août 1997, Mov 3.9 Mb

Viking Orbiter

1998, Mpeg 842 Kb

Hubble

1999, Mpeg 757 Kb

Documents Solarviews, NASA/Calvin J.Hamilton et HST

Découvrir des Martiens était devenu un mythe. Mais l'idée qu'il puisse exister une vie sur Mars se propagea jusqu'à nos jours, entretenue par les propriétés quasi terrestres qui règnent à sa surface et la découverte dans le milieu interstellaire de molécules organiques prébiotiques. Nous nous attarderons longuement sur ce thème dans le dossier consacré à la bioastronomie.  

Observer Mars durant les oppositions périhéliques

Située sur une orbite très excentrique, en moyenne à 228 millions de kilomètres du Soleil, Mars peut se rapprocher de la Terre jusqu'à 56 millions de kilomètres lors des oppositions périhéliques qui se reproduisent tous les 764 jours et toujours en automne. 

Il va sans dire que dans ces conditions exceptionnelles Mars devient presque aussi brillant que Jupiter et double voire quadruple sa taille apparente pour atteindre 20 à 25". Dans ces conditions il devient accessible aux petits instruments et se reconnaît parmi mille en raison de sa couleur.

Images d'amateurs

A gauche une image RGB réalisé par Maurizio Di Sciullo en l'an 2000 (Æ 18") au moyen d'un télescope newtonien Excelsior Optics de 258 mm f/8 équipé d'une caméra CCD Starlight Xpress HX-516. La grande tache au nord-est du méridien central est Mare Erythraeum (MC=75°). Au centre une photographie RGB de Mars (Æ 17.55") prise par Tan Wei Leong à Singapour le 21 juin 2001 au foyer d'un Celestron C11 muni d'une caméra CCD SBIG ST7E. A droite une image RGB prise par Roland Christen le 27 août 2003 (Æ 25.8") avec un télescope AP Maksutov-Cassegrain de 250 mm f/29 muni d'une caméra CCD SBIG ST-10E. Au vu de ces résultats peu ordinaires je vous encourage à utiliser les techniques de compositage RGB ou LRGB.

Données physiques

Pratiquement comme la Terre, Mars est inclinée de 25°19' sur son orbite, lui-même incliné de 1°8 sur l'écliptique. Couplé à une excentricité orbitale qui atteint 0.093, ces deux phénomènes créent une importante différence d'ensoleillement entre les deux hémisphères, engendrant des saisons semblables à celles que nous connaissons, mais deux fois plus longues. Pendant l'été austral, Mars se rapproche d'environ 20% du Soleil. L'insolation augmente de 40%, élevant la température du sol martien jusqu'à 20°C. Sa température moyenne est toutefois proche de -63°C. La durée du jour est de 24h37m23s et l’année dure ici 687 jours.

Vue panoramique de la surface de Mars

Vue panoramique de la surface martienne. Noter les deux collines jumelles juste dans l'axe et à droite près du rocher le petit robot Sojourner. Document NASA/JPL/Mars Pathfinder.

Formée en même temps que la Terre, le relief martien a pourtant quelque chose de démesuré. Son diamètre est de 6787 km avec une masse équivalent à seulement 10% de celle de notre planète. Dans ces conditions, sa densité moyenne n'atteint que 3.93 et la pesanteur ne vaut que le tiers de celle de la Terre. Plus lourde que la Lune (densité 3.34), mais plus légère que la Terre (densité 5.32) Mars doit correspondre à un modèle intermédiaire. 

La structure magnétique de Mars est très faible et localisée à l'inverse de celle du Soleil et des planètes dont le champ magnétique est global générant un effet dynamo. Le champ magnétique de Mars ne semble pas émaner de son noyau et varie tant en direction qu'en force à travers toute la surface. Ainsi, il y a des endroits où le champ magnétique est 10 fois plus fort que celui de la Terre. On a relevé localement un champ magnétique deux fois plus fort que sur Vénus, mais en moyenne il reste malgré tout 1000 fois plus faible que celui de la Terre. 

Ces anomalies magnétiques semblent se manifester aux endroits où se trouve des concentrations de métal solide dans l'écorce. Le fait que le métal ait été magnétisé suggère qu'à un moment donné de son passé, Mars possédait un champ magnétique beaucoup plus puissant qu'aujourd'hui et l'a perdu, probablement suite au refroidissement de son noyau. D'autres anomalies ont également été découvertes sous forme de "trous" dans le champ magnétique qui apparaissent juste à l'endroit où des astéroïdes ont perforé la surface. A d'autres endroits enfin, les perturbations du champ magnétique sont alignées comme le seraient une succession de points.

Ce champ magnétique résiduel est très contraignant car sur Terre la magnétosphère nous protège des rayons cosmiques et des rayonnements corpusculaires du Soleil, en particulier contre les rayons X, les protons et les électrons rapides. La plupart d'entre eux sont stoppés au niveau de notre ionosphère y formant occasionnellement des aurores. Mais tout cela n'existe pas sur Mars et les prochains visiteurs de la planète Rouge devront être prudents lors des missions d'exploration s'ils ne veulent pas mourir irradiés ! On en reparlera à propos du mal de l'espace et de l'exploration de Mars.

Structure magnétique de Mars

A l'inverse du champ magnétique du Soleil et de la plupart des planètes (à gauche) celui de Mars est localisé (au centre) et pratiquement éteint. A droite le modèle intérieur de Mars montrant son noyau solide entouré d'un manteau de magma. Documents NASA/Mario Acuna et al. et NASA/Calvin J.Hamilton.

Géologiquement Mars se divise en trois parties : au centre, un noyau ferreux de 1300 à 2000 km de diamètre est mélangé à du sulfure de fer. Il s'entoure d'un manteau qui s'étend jusqu'à l'écorce. Cette dernière atteint peut-être par endroit 200 km d'épaisseur et est recouverte de roches et de sable ainsi que de glace aux pôles.

Mars étant une petite planète, l'épaisseur de l'écorce est telle que l'activité tectonique n'est pas parvenue à la plisser. Celle-ci a donc été craquelée, fissurée en de nombreux endroits. Mars connut une évolution géologique très perturbée. Les sondes spatiales Mariner et Viking ont découvert un canyon (Valles Marineris) d'une profondeur de 6 km (Melas Lacus), large par endroit de 240 km et qui s'étend sur 4500 km, soit un cinquième de la circonférence ! 

Il existe un volcan brillant, Olympus Mons, qui culmine à 26 km d'altitude, soit 3 fois plus haut que l'Himalaya, et dont la base s'étend sur 624 km, soit 2 fois la superficie de la Belgique ! Au sommet se trouve une caldera, c'est-à-dire une chambre magmatique effondrée, large de 80 km entourée de remparts hauts de 6 km. 

Douze volcans s'élèvent au-dessus du plateau de Tharsis, un altiplano qui s'étend sur 8000 km à une altitude de 10000 m. Les trois principaux hormis Olympus Mons sont baptisés Ascraeus Mons, Pavonis Mons et Arsia Mons et culminent à 20 km d'altitude ! Tout sur cette planète est démesuré ! 

Pour vous donner une idée de la dimension et de l'aspect démesuré des reliefs que l'on trouve sur Mars, consulter le site de la NASA Views of the Solar System de Calvin J.Hamilton qui vous présente quelques animations spectaculaires dont certaines illustrent les pages de ce dossier. Mieux encore, téléchargez Google Earth qui contient un module d'exploration de Mars en 3D.

A voir : Explorez Mars en 3D grâce à Google Earth (sur le blog)

Topographie de Mars

A gauche planisphère complète de Mars de 180°O à 180°E réalisée en 1999 à partir des données laser altimétriques. A droite le plateau de Tharsis Montes et ses 4 principaux volcans. La caldera d'Olympus Mons qui culmine à 26 km d'altitude est au-dessus à gauche. 28000 mètres séparent les reliefs extrêmes ! Noter le canyon de Valles Marineris un peu à gauche du centre sur l'image de gauche. Cliquer ici pour lancer une animation (Mpeg de 484 KB) de Grant L.Hutchison, NASA, montrant le globe entier de Mars. Documents NASA/JPL et NASA/MOLA Science Team, NASA/Calvin J.Hamilton pour l'animation.

Les sondes spatiales n'ont pas décelé la moindre activité volcanique sur Mars. Toutes les laves bordant les volcans, les dômes et fractures analysés par infrarouge sont froides. Aucun volcan ne présente d'activité, pas la moindre fumerolle ou lac de lave en cours de refroidissement. Les cicatrices nettes laissées par les cratères d'impacts et la quasi absence de cratères météoritiques sur les pentes des volcans font penser que toutes les formations martiennes sont relativement jeunes, âgées de quelques centaines de millions d'années tout au plus.  

Il est toutefois fort possible que le sous-sol, aujourd'hui recouvert de sable sur plusieurs mètres d'épaisseur, cache de profondes vallées et des formations ensevelies sous les sables. Seule une étude radar réaliser depuis l'Orbiter pourrait révéler ces formations ainsi que nous l'avons réalisé de manière analogue pour explorer le fond du Sahara sur Terre.

Olympus Mons, maître des lieux

La caldera d'Olympus Mons culmine à 26 km d'altitude dont 22 km au-dessus du niveau moyen, et s'étend sur 624 km. Sa base est aussi vaste que l'état d'Arizona ou la France ! Les falaises situées à l'avant-plan s'élèvent à 7 km d'altitude ! Heureusement si les astronautes veulent un jour l'escalader, il existe sur le côté droit une paroi à 5° formée d'une coulée de lave qui conduit jusqu'au sommet. Cliquer ici pour lancer une animation (Mpeg de 758 KB de Calvin J.Hamilton). Documents NASA/JPL/Viking/NSSDC.

Prochain chapitre

L'hypothèse des satellites d'origine artificielle

 

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[1] Soviétiques et Américains ont à l'heure actuelle lancé 40 sondes spatiales vers Mars, tant des sondes orbitales que des Lander mais plus de la moitié d'entre elles ont échouées. L'exploration de Mars repris en 2001 en vue de préparer, à long terme, la colonisation de la planète. Le détail de toute les missions est disponible sur les sites de la Planetary Society et du JPL.

[2] National Geographic, 143, Feb.1973, p231 (Mariner 9, illustré par des clichés de la NASA et des peintures de Ludek Pesek, suivi de la présentation du Viking I); 151, Jan.1977, p3 (les Viking sur Mars et la recherche de la vie).


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