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C’est l’effet papillon, ce fameux effet issu de la science du chaos qui rend impossible toute modélisation précise suite au caractère imprévisible de l’atmosphère en raison de sa grande sensibilité aux conditions initiales. Etant donné que la moindre perturbation locale, telle qu’une toux dans de l’air humide, peut au fil du temps se transformer en ouragan aux antipodes (je caricature !), les modèles numériques ne pourront jamais prévoir le temps à plus de 5 ou 7 jours sans grossir leur marge d’erreur. Etant donné que le public, comme les clients, exigent des prévisions de plus en plus précises, les chercheurs doivent tout mettre en oeuvre pour améliorer la qualité des résultats. Concrètement cela signifie qu'ils doivent utiliser des ordinateurs toujours plus puissants, des modèles plus complets en incorporant encore plus de variables. A l'heure actuelle le modèle Aladin est capable de prédire le temps avec précision (> 90% de confiance) à 2 jours seulement, pas plus. A 4 jours, on parle de... tendance. Le processus de prévision du temps ne se limite pas aux cartes numériques. Le prévisionniste, fort de ses connaissances théoriques et du climat de sa région, connaît les limites des modèles pour en avoir fait l'expérience, et doit parfois ajuster les résultats des simulations pour les adapter aux grandeurs observables, comme la durée et l'intensité des précipitations, les températures minimale et maximale du jour, le risque d'orages, etc.
Cette expertise humaine garantit le professionnalisme du métier et est indispensable pour obtenir une bonne prévision du temps au niveau opérationnel, surtout pour les échéances les plus brèves (que l'on appelle les prévisions immédiates de 0 à 6 heures). La synergie entre modèles numériques et expertise humaine peut ainsi permettre aux prévisionnistes de prévoir les tempêtes, comme ce fut le cas les 15 et 16 octobre 1987, avec la tempête qui dévasta une partie de la Bretagne et le sud de l'Angleterre ou celle qui dévasta la France à la Noël 1999 dont les vents de tempête furent prévus par le modèle Méso-NH : des vents de 110 km/h à 30 m au-dessus du sol furent prévus entre le 25 décembre 1999 à 21h TU et le 26 décembre à 12h TU. Malheureusement le centre de la France ne put que subir la violence de dame Nature qui nous envoya, non pas une, mais deux tempêtes successives en l'espace de quatre jours. Quand les météorologistes et les services de secours voulurent prévenir les autorités et toutes les personnes concernées, il était déjà trop tard, le réseau électrique était coupé dans le quart de la France ! Rappelons que ce fut la "tempête du siècle", dont les effets furent amplifiés par un jet stream qui s'étendit du Golfe de Gascogne à l'Est de la France qui accéléra le mouvement tourbillonnaire de la dépression et l'intensité des vents dans la partie Sud et Sud-Est de la France. Elle fut précédée et suivie par d'abondantes chutes de pluies qui noyèrent beaucoup de plaines. Certaines localités subirent localement des bourrasques de 160 km/h qui déplacèrent des camions semi-remorques et des paquebots comme de vulgaires jouets. Des millions d'arbres et des centaines de pylones électriques sont tombés comme des fétus de paille et les vents ouvrirent des clairières là où il n'y en avait pas dans les forêts. En l'espace de 3 jours, 3.5 millions d'habitants furent privés d'électricité et beaucoup restèrent les pieds dans l'eau durant des semaines. Beaucoup de fermiers perdirent toutes leurs récoltes et parfois leurs serres. On décompta au moins 90 morts en France et quelques uns dans les autres pays, principalement des personnes qui furent écrasées par la chute d'un arbre, noyées ou mortellement blessées par des débris. On dénombra plus de 15 millions d'arbres abattus et des millions de mètres cubes de chablis. Devant la catastrophe qui tombait en plein milieu de l'hiver, EDF se fit un devoir de remettre le réseau électrique en état en l'espace de 12 jours. Statistiquement des tempêtes de cette violence ne se produisent qu'une fois par siècle. C'était la deuxième après celle de 1987. On pense, sans pouvoir en apporter la preuve formelle, que le réchauffement climatique pourrait expliquer ces changements de régime à l'échelle régionale. Mais revenons aux prévisions. Puisque nous discutons du métier de météorologiste, profitons de l'occasion pour mettre en exergue le rôle du prévisionniste. La prévision du temps Pour établir une prévision, le prévisionniste dispose d'environ 200 informations différentes et d'un délai d'environ 2 heures pour rédiger son premier bulletin et le présenter éventuellement devant la télévision ou les pilotes. En cas d'événements majeurs, ce délai peut être réduit à quelques dizaines de minutes. Devant un tel choix et le délai relativement réduit, le prévisionniste est bien obligé de faire une sélection. Connaissant le métier, son assistant arrivé au bureau un peu avant lui préparera certainement les documents suivants : images satellites visible et infrarouge, imagerie radar, messages météorologiques des stations proches dans les vents dominants, cartes synoptiques H-3 et H-6 heures, sondage aérologique nationaux H et H-12, cartes d'altitude, etc. A son arrivée le prévisionniste ne manquera d'observer le ciel pour se familiariser avec la situation actuelle. A partir de ces données brutes sur l'état initial de l'atmosphère et de son expérience, le prévisionniste devra déterminer avec la précision requise l'état futur de l'atmosphère, c'est l'échéance de la prévision. Sa tâche est donc complexe et nécessite l'utilisation d'un certain nombre d'outils. On peut diviser son travail en deux étapes clés : la première, entièrement automatisée, se base sur les prévisions numériques et à pour but de donner au prévisionniste une tendance de l'état de l'atmosphère à l'échéance. La seconde est exclusivement manuelle et fondée sur l'expertise humaine. Le prévisionniste transcrit en "clair" les résultats de la prévision numérique et de ses propres calculs afin de présenter une prévision du temps sous une forme intelligible aux utilisateurs. Voyons à présent sur le plan pratique les différents traitements que subissent les données jusqu'à la prévision finale.
Collecte de l'information Dans une première phase le prévisionniste ou son assistant bénéficie du support du système mondial de télécommunications (SMT) qui assure en temps réel la compilation, le traitement et la diffusion des observations météorologiques provenant du monde entier. Ces ordinateurs spécialisés dans les communications reçoivent tous les messages météos locaux, qu'il s'agisse des SYNOP, METAR, SPECI, TAF et autre sondage d'altitude et les transmettent aussitôt aux centres régionaux en accord avec les services météorologiques des États membres de l'OMM. Dans notre exemple, les messages émis par la station belge de Beauvechain transitent par Bruxelles qui les transmet à Toulouse qui se charge de les retransmettre dans les principales capitales européennes et du nord de l'Afrique. Ces messages reprenant les observations synoptiques et aérologiques constituent donc la condition nécessaire à une bonne prévision du temps car nous avons vu que les prévisions numériques doivent être périodiquement réalignées avec la réalité du temps. Toutes les informations sont codées sous forme numérique suivant un système unique et internationalement que nous avons décrit dans le chapitre consacré aux messages météorologiques. Ainsi que nous l'avons vu dans ce chapitre, la diffusion de ces données codées sur le SMT doit respecter des procédures très strictes et le néophyte aura beaucoup de mal à saisir le sens des messages. Le réseau mondial de télécommunications relie dans une boucle fermée les principaux centres dits "régionaux" que sont : Toulouse (France), Bracknell (Royaume-Uni), Offenbach (Allemagne), Prague, Moscou, New Delhi, Tokyo et Washington. Chaque centre collecte les données provenant des pays situés dans sa zone de compétence et les insère dans le flux d'informations circulant sur le réseau. En sens inverse, ces centres régionaux relaient vers les pays qui leur sont rattachés les données circulant dans le réseau. Ainsi, le centre de Toulouse envoie ses informations vers les centres météos de Bruxelles, Rome, Lisbonne, Madrid, Dakar, Casablanca, Alger et Tunis.
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