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A
propos des travaux d'Halton Arp
Les
redshifts dans les amas compacts (V)
Prenez
à présent le chapitre 5 du livre de Arp, en particulier la section
qui débute à la page 94. "Mais, à ce stade écrit Arp,
j'ai constaté qu'une quintessence de la recherche empêche d'importants
progrès. Un étudiant réalise une thèse se proposant d'étudier
les amas compacts de galaxies de la voûte céleste. Il rapporte
l'existence d'un grand nombre d'amas de ce type et la preuve
statistique qu'ils ne contiennent aucun objet présentant des
redshifts anormaux.
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Lorsqu'il
est arrivé dans mon institution pour réaliser son post-doctorat, il
présenta ses résultats lors d'un colloque donné à Caltech. J'ai
indiqué que la plupart de ces amas étaient si pâles qu'il ne
pouvait pas dire quels étaient ceux en interactions multiples et
ceux qui ne l'étaient pas, et pire encore, il n'avait pas examiné
les redshifts et devait assumer qu'il existait des redshift
déviants parmi eux. Mais lui, et le groupe qui le soutenait ont
balayé ces détails et proclamés leurs résultats comme une preuve
qu'il n'existait pas de redshift anormaux ! Bien sûr, tous ceux qui
ont un minimum de connaissance en cette matière savaient
consciemment que les galaxies dont il parlait n'étaient pas autre
chose que les célèbres amas tels ceux le Quintet de Stephan et le
Sextet de Seyfert.
Plus tard, une répétition de ce travail a montré, à côté
des défauts d'impression et autres erreurs, qu'il avait exagéré
la prédominance de ces amas d'un facteur 10, ce qui est plutôt élevé.
Et, pouvez-vous imaginer que l'on puisse confondre des amas en
interactions tels ceux qui sont illustrés dans les figures 6-9 et
6-10 avec des impressions défectueuses ? Son travail n'a pas été
réfuté, cependant, six ans plus tard le résultat ainsi que son
auteur se sont rétractés. Certaines parmi les personnes ayant
cautionner ce chercheur appartenaient au comité qui allouait le
temps d'observation télescopique et ont critiqué mes travaux et précipité
le refus de mon temps d'observation à Palomar".
Latham dit avoir été fasciné par l'idée qu'une mauvaise
interprétation des défauts d'impression ait pu conduire à
refuser à Arp son temps d'observation télescopique. Voyons comment
la littérature documenta cet épisode.
La réfutation à laquelle
Arp se réfère est l'article publié par Jack Sulentic[18]
en 1983. Sulentic demanda à deux assistants d'examiner les copies
papier des plaques du POSS à la recherche de quartets compacts de
galaxies similaires aux trois fameux amas cités plus haut présentant
des redshifts anormaux. Pour un total de zones examinées semblable
à celui scanné par Rose, les assistants ont identifié 42
quartets, contre 33 pour Rose. Cependant, Sulentic prétendait que
31 des 42 candidats devaient être rejetés parce qu'ils n'étaient
pas équivalents au fameux trio. Les raisons de ces rejets étaient
multiples (trio non isolé, trop pâles, taille discordante,
galaxies, défaut d'impression, etc., comme mentionné dans la Table
3. Il réanalysa également les amas compacts candidats identifiés
par Rose et conclut que seulement 9 parmi les 33 candidats étaient
acceptés sans ambiguïté. Il rejeta les autres (pâleur,
marginalité, plus de 3 bras spiraux, etc.)
Sulentic réduit encore le nombre de quartets similaires au
fameux trio "en excluant tous les quartets qui ne sont
manifestement pas en interactions dans les quartets choisi [...]
cela donne un facteur 10 fois inférieur à l'estimation originale
de Rose". Sulentic ne pousse pas plus loin la signification de
ce qu'il entend par "manifestement en interaction".
Il n'y a dans cet article qu'une seule mention du "défaut
d'impression" (print flaw) et elle est utilisée pour rejeter
l'un des propres candidats d'amas de Sulentic. Il n'est fait nulle
part mention de l'influence des défauts d'impression sur le travail
de Rose.
Dans mon esprit conclut
Latham, la plus sérieuse critique
que l'on puisse faire au travail de Rose est d'avoir présumé que
tous les cas de redshifts anormaux avaient été trouvés. Cette présomption
est prématurée (et presque indubitablement fausse) jusqu'à ce
qu'un relevé complet des redshifts de tous les membres de tous les
quartets et quintets soient identifiés dans un échantillon homogène.
Apparemment, ce sérieux vice dans l'argumentation a été reconnu
par d'autres, notamment par un étudiant, Paul Hickson[19]
qui s'est mis dans l'idée d'identifier un tel échantillonnage et d'en
obtenir autant de mesure de redshifts que possible. Utilisant des
critères plus complexes de compacticité et d'isolement des amas,
Hickson a identifié 100 nouveaux amas sur les plaques du POSS,
partagés en 64 quartets, 25 quintets et 11 amas de plus de 5
membres. Aussi précisément que l'on puisse les considérer,
Sulentic et Hickson sont passablement d'accord sur les critères
propres de sélection. La principale différence est que Hickson a
couvert un quadrant plus étendu du ciel que Sulentic, lui
permettant d'analyser un échantillonnage plus complet.
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Hickson
87 (HCG87), un amas compact de galaxies. Document NASA/ESA/HST. |
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Dans un article important, Hickson, Kindl et Huchra[20]
rapportent l'analyse qu'ils ont effectuée sur 30 quartets et 10
quintets pour lesquelles ils disposaient de redshifts détaillés.
Parmi les 30 quartets analysés, quatre contenaient un redshift
anormal; sur les 10 quintets, quatre contenaient également un
redshift anormal, et un autre contenait deux redshifts (presque
identiques) anormaux. Cela donne un nombre plutôt élevé
d'anomalies, n'est-ce pas ? Voyons comment Hickson et ses collègues
ont examiné la probabilité qu'il pouvait s'agir d'alignements
accidentels.
Reprenant les plaques du POSS, ils ont prudemment analysé le
nombre de champs de galaxies autour de chacun des 26 quartets pour
lesquels ils disposaient de données complètes sur le redshift. Ils
ont enregistré les coordonnées et les diamètres de toutes les
galaxies plus brillantes que le membre le plus pâle du quartet dans
chacun d'eux. Ensuite, pour chaque quartet ils ont calculé 100000
simulations de Monte Carlo afin de calculer les valeurs
indéterminées du modèle, considérant comme facteur déterminant
l'emplacement des membres du quartet puis en laissant tombé aléatoirement
un nombre approprié de galaxies du champ, dont la distribution des
magnitudes s'écartait de la distribution observée. Ensuite le
programme vérifiait si un quintet créé accidentellement pouvait
satisfaire le critère de sélection du relevé original des amas
compacts. Ils trouvèrent que dans 16% des cas ils formèrent des
quintets accidentellement[21].
"Etant donné que 86.7% (26 de 30) des quartets complets présentent
des redshifts concordants et que le catalogue de Hickson contient 64
quartets, le nombre estimé de quartets ayant une galaxie du champ
s'élève à 0.16 x 0.867 x 64 = 8.85. Ceci représente 35.4% du
nombre total (25) de quintets repris dans le catalogue. Pour les 10
quintets pour lesquels nous détenons des données complètes de
vitesses (parmi lesquels quatre sont concordants), le nombre estimé
d'amas ayant une galaxie du champ dont le redshift est anormal selon
l'hypothèse projetée est de 3.5. Nous observons que quatre parmi
les 10 amas ont un redshift discordant, ce qui est en conformité
avec la prédiction".
Suivez-vous cet argument statistique ? Assez compliqué, non
? Il n'est pas étonnant que les premières estimations de
probabilités n'aient pas été suffisamment complexes (ni qu'elles
auraient pu l'être, puisque les échantillons n'ont pas été bien
défini et les redshifts n'étaient pas disponibles). Comme Hickson
et ses collègues le font remarquer, l'analyse des probabilités de
Sulentic fut entachée d'imperfections parce qu'il n'a considéré
que l'alignement d'une galaxie du champ dans un cercle défini par
le quartet. Cependant, un certain nombre de quintets qui satisfont
encore le critère de sélection d'amas original peuvent nous amener
à considérer que la galaxie du champ se trouve en dehors du cercle
délimité par le quartet.
Aussi que peut-on faire de tout ceci ? Visiblement,
l'analyse des amas compacts de Hickson et consorts représente le
meilleur article sur le sujet jamais publié jusqu'ici, étant donné
qu'il a utilisé un critère de sélection bien défini pour
identifier les amas et disposait d'une couverture décente des
redshifts de son échantillon. Le nombre de redshifts anormaux
semble s'accorder assez bien avec le nombre prédit.
Une chose encore gêne Latham. Parmi trois des quatre
quartets présentant un redshift anormal, la galaxie discordante est
"interne" au cercle qui délimite le quartet restant. La
chance que cela se produise accidentellement est d'environ 1 sur 50,
ce qui n'est pas si improbable que cela, spécialement si l'on
considère le faible nombre d'amas impliqué, mais il me laisse
pensif dit-il. Qu'en est-il des quintets ayant deux redshifts
anormaux ? Faut-il considérer ces galaxies comme deux galaxies
distantes alignées avec un trio de l'avant-plan ? Je ne dispose
malheureusement pas de suffisamment d'informations pour estimer sérieusement la
chance que cela se produise par le fait du hasard.
L'amas
compact de Pégase
Revenons à l'analyse du Quintet de Stephan par Arp. A la
page 97 de son livre il décrit la façon dont il déduisit sa
propre interprétation de l'amas.
"Mais ensuite, j'ai réalisé que ce n'était pas les
objets présentant un petit redshift qui étaient anormaux, mais
ceux ayant un redshift élevé. NGC 7320 [du Quintet de Stephan], qui présente un petit
redshift, est une galaxie naine assez normale dont le redshift est
approximativement similaire à celui de sa voisine, la grande
galaxie Sb, NGC 7331 (voir figure 6-12). Ce sont les interactions multiples, les galaxies
qui présentent des redshifts élevés qui sont anormales, comme si
à la même distance la galaxie Sb présentait un petit redshift
comme son compagnon nain".
 |
NGC
7331, une belle galaxie de classe SA(s)b I-II brille à la
magnitude 9.5 près de h
Pegasis à ~30' au sud du Quintet de Stephan. On
distingue également sur cette image que nous devons à
Ray Gralak, NGC 7337,
NGC 7335 et NGC 7336. Il
s'agit d'un compositage LRGB exposé un total de deux heures
obtenu avec un télescope RCOS de 250 mm f/7.35 équipé
d'une caméra CCD SBIG ST8E monté sur une monture
équatoriale Astro-Physics AP1200.
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Cette idée, de considérer que les cinq membres du Quintet
de Stephan sont tous situés à la même distance de nous, et que
NGC 7320 est normale (sans redshift intrinsèque), et le fait que
les quatre autres galaxies sont anormales, avec un redshift non lié
au courant de Hubble de l'ordre de 5000 km/s, nous conduit à l'une
des sections les plus frappantes de son livre, à la page 100.
"En 1971, le directeur de l'Observatoire de Padova,
L.Rosino, découvrit une supernova dans le membre NGC 7319 présentant
un redshift élevé. Les supernovae sont des indicateurs standards
de distance, en particulier pour les grandes distances, parce que
ces étoiles en explosion sont supposées devenir aussi lumineuses
que toute la galaxie dans laquelle elles apparaissent. A la distance
de NGC 7331/7320, on devrait normalement s'attendre à ce qu'une
supernova soit aussi brillante que la grande galaxie Sb NGC 7331.
C'est un point important en faveur des grandes distances qui nous séparent
des membres présentant de grands redshifts. Mais je dois reconnaître
que la preuve contraire est plus forte encore, et je dois conclure
que les étoiles situées dans des systèmes anormalement décalés
vers le rouge ne deviennent pas aussi brillantes que les galaxies à
faible redshift intrinsèque".
Si nous comprenons bien ce que Arp nous propose ici, il
n'existait aucune manière d'évaluer les distances relatives des
galaxies en comparant les magnitudes apparentes de leurs étoiles,
parce que les galaxies ayant des redshifts intrinsèques
contiendraient des étoiles intrinsèquement plus pâles laissant
supposer qu'elles sont plus distantes, alors qu'elles ne le seraient
pas réellement. Pour Latham cette affirmation semble épouvantablement
ad hoc. Et, si cela est vrai poursuit-il, je ne vois aucune manière
de résoudre la polémique du décalage vers le rouge.
|
Echantillon
de galaxies connectées ou en interactions
dont
les redshifts sont très différents |
|
Galaxie
principale |
Compagnon |
Type
de spectre |
Excès
Redshift |
|
NGC
7603 |
Comp
SE |
Late
Absorption |
+8300 |
|
AM0059-402 |
Comp
S |
Late
Absorption |
+9695 |
|
AM0213-283 |
Comp
N |
Forte
émission, early absorption |
+14021 |
|
AM0328-222 |
Comp
S |
Emission,
early absorption |
+17925 |
|
AM2006-295 |
Condensation
SO |
Faible
émission, abs.particulière |
+22350 |
|
NGC
1232 |
Gal
B |
Emission,
early absorption |
+26210 |
|
NGC
53 |
Comp
N |
Emission,
early absorption |
+32774 |
|
AM2054-221 |
Comp
E |
Emission,
Late absorption |
+36460 |
|
"Late
absorption" décrit un spectre typique des étoiles âgées
de faible luminosité, "Early absorption" est un spectre
typique des étoile jeunes très lumineuses. Une liste complète
d'exemples est présentée dans le magazine Astrophysical
Journal, 263, p70. Adapté de H.Arp, Table 6-1, p86. |
Reste l'interprétation des images. Sur la figure 6-3 qui se
trouve en page 86 de son livre, Arp nous présente la photographie
d'une galaxie spirale cataloguée AM2006-295 qui serait en
interaction avec un quasar. Arp suggère que le troisième bras en
contact présumé avec le quasar serait en fait une extension du
second (situé au sud) qui se serait divisé en deux parties. Chacun
peut se rendre compte que cela est tout à fait possible mais il
peut tout aussi bien s'agir d'une extension du premier bras (situé
au nord). Bien que son éclat s'amenuise, il reste encore visible
jusqu'à sa jonction avec le troisième bras. Ce qui reste troublant
dans toutes les images que nous propose Arp est le fait qu'elles
peuvent toutes être interprétées qualitativement et
subjectivement. Cela dépend beaucoup des intentions de son auteur.
Les scientifiques n'aiment pas beaucoup ce facteur de biais.
Espérons que les images du Télescope Spatial Hubble
et du futur JWST (ex-NGST) nous
permettront de résoudre ces énigmes.
Pour
plus d'information
Quasars,
Redshifts and Controversies, Interstellar Media/Cambridge University Press, H.Arp,
1987
Nature,
336, N°6196, p287 (1988), "Book Review: Quasars, redshifts and
controversies"
Biographie
d'Halton Arp par Denis Webb
NED
SPGA Atlas
Arp's
Catalog Of Peculiar Galaxies (publié en 1966)
VLT
Images - Peculiar galaxies
(ESO)
On-line
services at ESO
(catalogues en ligne)
NED
digital version of Atlas of Pecular galaxies, version
PostScript, version
scannée
Revue
de "Seeing Red" par
Thomas
Van Flandern et de
QuarkGrass
Apeiron
(magazine)
Willman-Bell
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