Observation d'une aurore boréale à Neufchâteau
Lieu d'observation : Observatoire d'Offaing (Neufchâteau)
Latitude : N 49°50'31''
Longitude : E 5° 29' 01''
Altitude : 500 m.
Age de la Lune : 2 jours.
Nébulosité : nulle.
Observateurs : Georges LASSINE et Giles ROBERT.
Les observateurs ont identifié 6 vagues entre le 6 avril 2000 à 20h05 T.U. et le 7 avril à 1h05 T.U.
Contexte : Giles ROBERT a remarqué cette aurore alors qu'il initiait un groupe de 22 enfants à la localisation des constellations. Ces élèves de l'école fondamentale libre St Joseph de Bastogne ont pu assister aux deux premières vagues.

Un halo rougeâtre d'un diamètre d'une quinzaine de degrés est apparu de plus en plus lumineux sur l'horizon au N-NE. En quelques minutes celui-ci s'élargissait, alors qu'un halo semblable apparaissait au N-O.
Vers 20h15, c'est un véritable rideau rouge orangé (r) qui occupait un angle de 65° centré sur l'horizon Nord et sur une hauteur de 2O à 25°. On pouvait aussi distinguer deux larges colonnes blanchâtres (c) assez symétriques proches des extrémités.
Vers 20h30 l'aurore avait presque totalement disparu.

La deuxième vague se distingue de la première par le fait qu'elle a débuté par un halo bleu vert (b-v) sur l'horizon s'étendant du N-O au N-E (de la verticale des Pléiades à la verticale de la couronne boréale). Ce halo d'une hauteur de 20° fut après quelques minutes la base d'un rideau rouge orangé de plus en plus vaste et qui dépassa de quelques degrés l'étoile polaire.
Comme dans la première vague, deux larges colonnes blanchâtres symétriques étaient de plus en plus visibles.
L'intensité du rideau de lumière et des colonnes variait rapidement.
Brusquement à mi-hauteur dans la colonne la plus à l'Est (dans la direction de Véga) des couleurs dignes d'un arc en ciel apparurent comme dans un kaléidoscope (k) (rouge orange, vert, jaune).
Les couleurs changeaient en quelques secondes et l'intensité y augmenta localement de manière exponentielle.
L'intensité lumineuse maximale de cette zone assez ponctuelle, fut telle, que l'on pu distinguer durant une dizaine de secondes les petites pierres à nos pieds... Cet «arc-en-ciel» très incandescent (pouvant presque effacer une étoile de deuxième magnitude) ne dura que de 2 à 3 minutes.
Vers 21h15, il ne restait plus que le halo bleu vert sur l'horizon.
Il faut noter que ce dernier fut visible en permanence de 20h50 à plus de 2h00 T.U.

Depuis 21h15, le halo bleu vert restait visible sur un angle de 100° environ centré sur le Nord.
A 23h10, après presque deux heures sans changement significatif, quatre bandes verticales furent nettement visibles juste sur l'horizon Ouest. Ces bandes colorées (rouge, orange, verte et orange) s'élevaient sur une hauteur de 35 à 40 degrés.
Elles furent visibles durant une vingtaine de minutes.

Cette vague est très semblable à la deuxième, à la différence que les halos s'étendaient sur un angle de 160° centrés sur le Nord et sur une hauteur dépassant le zénith vers le Sud d'une vingtaine de degrés.
Ici, les colonnes verticales blanchâtres (c) sont nombreuses (une dizaine) et nous apparaissent dispersées en éventail.
L'aurore change constamment d'aspect par des nuances rougeâtres (r-o) se fondant les unes dans les autres.
La moitié du ciel semble en feu. Le contraste avec de ciel noir en direction du sud est saisissant.

Cette vague est de loin la plus spectaculaire.
Elle est toujours composée d'une bande bleue verte (b-v) sur l'horizon. Soudain, vers 0h03, une très vaste tache blanche (n1) pouvant contenir 120 à 150 disques lunaires apparaît au N-O.
Cette dernière devient de plus en plus incandescente.
Nous sommes à ce moment rentrés à l'intérieur d'une voiture pour nous protéger du froid. Puis, nous vient l'idée d'en sortir pour jouir pleinement de ce spectacle.
Immédiatement, notre regard est attiré par une dizaine de faisceaux lumineux (f) de couleur blanche, disposés en éventail et qui semble provenir d'une zone assez ponctuelle localisée dans la Chevelure de Bérénice, soit à environ 40° au delà du zénith vers le Sud.
Ces faisceaux de lumières apparaissent relativement courts : 20 à 25 ° (peut-être l'ionisation de la haute atmosphère vers 150 Km d'altitude ?). Ils changent d'intensité les uns par rapport aux autres en moins d'une seconde. Cela ressemble vraiment aux «Sky tracers» utilisés à l'extérieur des discothèques...
Puis, durant une petite minute, nous assistons au glissement très très rapide de «paquets» encore plus lumineux le long de ces faisceaux vers le Nord. Nous constatons alors que le grand «nuage» blanc (probablement situé à une altitude plus basse) gagne en éclat au fur et à mesure qu'il est «bombardé» par ces faisceaux.
Ces mêmes "bombardements" génèrent alors 5 petits «nuages» (n2) de plus selon le même principe. Lorsque ces «nuages» disparaissent vers 0h12, persistent toujours les faisceaux situés au zénith. Ils apparaissent alors inactifs et nettement plus pâles.

Des faisceaux plus bas, au zénith, (f) sont toujours présents.
Ils deviennent plus brillants et trois draperies rouge orangées (d) apparaissent au-dessus du halo bleu vert.
Une large colonne verticale (c) de couleur rouge vif assez uniforme est longuement visible au NNE. Le spectacle prend fin vers 0h30. Seul persiste jusqu'à 2h00 environ le halo bleu vert.
Bien que n'ayant pas une grande expérience du phénomène Giles ROBERT n'avait observé qu'une aurore polaire dans sa vie, durant l'hiver 1989 au Sud de la Belgique. Georges LASSINE n'en avait jamais observé, les observateurs sont surpris par l'étendue et la violence de cette aurore qui leur semble non seulement rare mais remarquable.